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L’étude sur les cellules souches qui rend bouche bée.

In Uncategorized on septembre 2, 2011 at 1:46

Après la coupure estivale, BDD fait sa rentrée avec un billet tourné vers un sujet fortement choyé sur ce blog : les cellules souches !

Sans parler de l’éminente controverse qui entoure l’utilisation de cellules souches embryonnaires, les cellules dérivées de cellules souches adultes détiennent elles aussi des contraintes de taille. En effet, les microbiologistes ont maintes fois fait le constat qu’avec la sénescence cellulaire, la recombinaison de cellules souches adultes dans d’autres cellules du corps humain est bien plus compliquée, la « plasticité » de celles-ci étant amoindrie. Une seule exception contrevient à cette logique : les cellules souches de la paroi buccale.

Pour les plus anxieux d’entre vous qui ont l’habitude de se mordiller l’intérieur de la bouche,  vous avez sûrement remarqué la capacité fulgurante qu’avait la muqueuse à se régénérer complètement en quelques jours. Cette guérison totale tranche avec les blessures de l’épiderme qui peuvent prendre des semaines à être soignées et laisser à vie une cicatrice en témoigne. Ce dynamisme dans la régénération de cellules est aussi observé chez certains reptiles et amphibiens, comme chez les lézards pour ceux qui se sont amusés dans leur enfance à leur sectionner la queue en attendant qu’elle repousse.

Dans son laboratoire de l’école Goldschleger de médecine dentaire au sein de l’université de Tel Aviv en Israël, le professeur Pitaru s’est donc penché plus en détails avec quelques uns de ses étudiants sur les propriétés particulières des cellules de la paroi buccale. Il s’est ainsi aperçu que ces cellules ne vieillissent pas au même rythme que les autres cellules du corps humain. Même prises chez un senior, les cellules de la muqueuse buccale seront aussi primitives dans leur développement que celles d’un enfant. Cette caractéristique a ainsi permis au professeur de les recombiner en des cellules souches pluripotentes, puis de les différencier avec presque autant de facilité selon lui qu’une manipulation de cellules souches embryonnaires. Son équipe a alors converti avec succès les cellules souches buccales en plusieurs types de cellules, d’os, de cartilage, de muscle, mais aussi des neurones. Les résultats de l’étude furent publiés dans Stem Cells.

Voici une preuve supplémentaire qu’il faut suivre attentivement la recherche sur les cellules souches pour les promesses thérapeutiques qu’elle traîne avec elle. Les implications de ces recherches sur la régénération cellulaire peut représenter autant de pistes pour lutter contre la dégénérescence neuronale, les défaillances cardiaques, ou encore les maladies s’attaquant au système immunitaire comme le SIDA.

De plus, il faut préciser que si le procédé de prélèvement tendait à se généraliser, la biopsie sur le patient n’aurait pas grand chose de contraignant, et serait quasiment indolore.

Pour l’instant, l’équipe du professeur Pitaru en est aux essais pré-cliniques. Parce que les cellules de la muqueuse buccale sont prélevées et réimplantées après avoir été dérivées sur le même patient, aucun signe apparent de rejet n’a été observé dans ces essais jusqu’à présent. Le professeur rajoute que l’utilisation de ces cellules empêche le développement de tumeurs qui peuvent apparaître en se servant de cellules souches embryonnaires.

Bref, pendant qu’en France nous nous prenons encore et toujours la tête sur les problèmes éthiques causés par l’utilisation des cellules souches embryonnaires (j’espère sincèrement pour eux que les députés et sénateurs qui ont voté le projet de loi bioéthique dernièrement ne se sont pas sentis grandis à la suite du débat étriqué qui a eu lieu sur ce sujet), je me réjouis de voir que le dynamisme de la recherche thérapeutique israélienne montre que des alternatives crédibles à la recherche sur l’embryon existent et sont en cours d’approfondissement. Une bonne leçon pour regarder toujours plus loin que le bout de son nez… vers la bouche en l’occurrence.

Quand la recherche canadienne nous fait la peau.

In Uncategorized on novembre 17, 2010 at 6:51

Je vous recommande aujourd’hui l’écoute d’un podcast trouvé sur le site de Nature. Ce petit billet me permet en même temps de confirmer mes opinions non sur la désuétude de la recherche sur les cellules ES, mais bien mon regret que la recherche publique française ne dispose ni de moyens suffisants, ni d’une réelle attention de la part du législateur pour donner un coup de collier dans les nouvelles techniques de recombinaison cellulaire. Chaque découverte dans ce domaine est bien sûr excitante par les espoirs médicaux qu’elle promet aux malades, et Mick Dhatia, le directeur scientifique de l’Institut de recherche sur les cellules souches et sur le cancer de l’université McMaster (Canada), est plus que convaincant pour partager son optimisme sur la dernière percée scientifique de son équipe. Ces derniers ont – comme mentionné dans un billet précédent – réussi à recombiner directement des cellules de la peau en cellules sanguines sans avoir à passer par le stade de cellule pluripotente. Ce procédé est particulièrement avantageux sur différents points. Premièrement, il est plus efficace que la différentiation à partir de cellules iPS et cellules ES: il ne nécessite seulement que l’introduction dans le génome des cellules épidermiques d’un gène appelé OCT4 qui additionné à un cocktail de protéines (« blood growth factors ») permet de former toutes sortes de cellules sanguines selon les dosages utilisés et le timing de l’opération. On oublie ici les difficultés relatives à des prélèvements embryonnaires et de moelle osseuse. Les cellules sanguines adultes obtenues n’ont pas montré par la suite d’anomalies particulières et étaient parfaitement compatibles avec le système immunitaire du sujet testé. La demande en oxygène des globules rouges créés ne divergeait pas des niveaux que l’on connait pour ses homologues naturellement produits, ce qui est plutôt rassurant pour M.Dhatia qui rappelle que les mêmes globules formés par le procédé iPS peuvent avoir une demande en oxygène 70 fois supérieure à la moyenne (imaginez les dysfonctionnements en cas d’introduction dans l’organisme d’un patient) !

De toute évidence, les applications concrètes de ce procédé ne sont pas directement pour demain car il nécessite d’être mieux contrôlé, testé, mais il porte déjà en lui les gènes de la réussite (pardon pour ce mauvais jeu de mots) afin de régler les complications médicales liées à des problèmes sanguins. A long terme on peut imaginer l’utilisation de cette technique dans des traitements contre la leucémie ou dans les cas d’anémie, et même plus simplement pour combler des pénuries de dons de sang. Une technologie à suivre donc au fil des années à venir, de même qu’il vaut mieux à mon avis se souvenir du chercheur Dhatia qui de l’Ontario nous rappelle bien que l’avenir de la recherche sur les cellules souches n’est pas un monopole américain…

 

Le podcast de Nature du 11 Novembre 2010 (à partir de 8′): http://www.nature.com/nature/podcast/index.html