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Dans le rétro – Les leçons de H.Jonas et J.Rostand

In Dans le rétro on novembre 20, 2010 at 11:14

Alors que dans les années 1970, le champ de la bio-médecine est en ébullition aux Etats-Unis et dans son pays natal, l’Allemagne, Hans Jonas pose « le Principe Responsabilité » (dans un livre du même nom de 1979). Il suppose que l’idéal baconien qui vise à orienter le savoir vers la domination de la nature et à utiliser cette domination pour l’amélioration du sort humain est, en raison même de son succès, porteur d’une « menace de malheur ». Le paradoxe repose dans le fait que le pouvoir sur la nature conféré à l’homme par le savoir finit par lui interdire toute « maîtrise de sa maîtrise ».

« Le paradoxe non entrevu par Bacon, consiste en ceci que sans doute il a conduit à quelque chose comme une ‘domination’ sur la nature (c’est-à-dire à son exploitation accrue) mais qu’en même temps il a conduit à la soumission la plus complète à lui-même. » Jonas définit alors l’éthique du futur comme « une éthique d’aujourd’hui qui se soucie de l’avenir et entend le protéger pour nos descendants des conséquences de son action présente ». On définit souvent l’éthique comme le respect de principes chers à notre temps, mais Jonas nous invite quant à lui à questionner chacun de nos choix en fonction de ses répercussions sur le monde de nos enfants. Si on prend l’exemple du clonage reproductif: comment expliquer que la frustration de parents puisse justifier l’imposition d’un mode de vie fortement aliénant pour leur « progéniture »?  C’est ainsi que selon moi Jonas revendique son attachement aux principes humanistes de notre temps qui nous déterminent et fondent une liberté de type kantienne, en s’effrayant des dévastes identitaires que pourraient produire l’application des sciences à « l’amélioration » de l’homme. La question reste alors de savoir pour Jonas à quel point la science nous permet-elle à la fois de satisfaire nos besoins pratiques et notre émancipation morale en garantissant au minimum ces mêmes conditions de vie pour les générations futures? Les limites du raisonnement de Jonas se révèlent alors dans l’absence de distance morale de notre monde actuel sur lui-même : qui sommes-nous après tout pour priver nos enfants de se construire une moralité aux antipodes de la nôtre ? C’est pourquoi pour moi, le principe fichtéen d’être indéterminé prévaut et que l’homme reste toujours conscient que la liberté qui en découle n’est servile que de sa volonté. Je voudrais ainsi rappeler les dires du biologiste et philosophe Jean Rostand très lucide sur ce sujet dans L’eugénique de 1953:

« Si l’humanité se trouvait aux mains d’un être supérieur qui n’en sût pas plus long qu’elle en fait de génétique, mais qui eût profit à la faire évoluer, elle ne tarderait pas à marquer de sensibles progrès. La question n’est donc pas aujourd’hui de savoir et de pouvoir; elle serait de vouloir et oser… »

Aujourd’hui les technologies qui permettent de faire sensiblement évoluer la condition humaine se trouvent déjà à notre disposition. Ce qui demeure encore et toujours inconnu, c’est bien la manière d’accorder les volontés particulières pour orienter l’humanité vers un avenir qui s’assume.

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