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L’étude sur les cellules souches qui rend bouche bée.

In Uncategorized on septembre 2, 2011 at 1:46

Après la coupure estivale, BDD fait sa rentrée avec un billet tourné vers un sujet fortement choyé sur ce blog : les cellules souches !

Sans parler de l’éminente controverse qui entoure l’utilisation de cellules souches embryonnaires, les cellules dérivées de cellules souches adultes détiennent elles aussi des contraintes de taille. En effet, les microbiologistes ont maintes fois fait le constat qu’avec la sénescence cellulaire, la recombinaison de cellules souches adultes dans d’autres cellules du corps humain est bien plus compliquée, la « plasticité » de celles-ci étant amoindrie. Une seule exception contrevient à cette logique : les cellules souches de la paroi buccale.

Pour les plus anxieux d’entre vous qui ont l’habitude de se mordiller l’intérieur de la bouche,  vous avez sûrement remarqué la capacité fulgurante qu’avait la muqueuse à se régénérer complètement en quelques jours. Cette guérison totale tranche avec les blessures de l’épiderme qui peuvent prendre des semaines à être soignées et laisser à vie une cicatrice en témoigne. Ce dynamisme dans la régénération de cellules est aussi observé chez certains reptiles et amphibiens, comme chez les lézards pour ceux qui se sont amusés dans leur enfance à leur sectionner la queue en attendant qu’elle repousse.

Dans son laboratoire de l’école Goldschleger de médecine dentaire au sein de l’université de Tel Aviv en Israël, le professeur Pitaru s’est donc penché plus en détails avec quelques uns de ses étudiants sur les propriétés particulières des cellules de la paroi buccale. Il s’est ainsi aperçu que ces cellules ne vieillissent pas au même rythme que les autres cellules du corps humain. Même prises chez un senior, les cellules de la muqueuse buccale seront aussi primitives dans leur développement que celles d’un enfant. Cette caractéristique a ainsi permis au professeur de les recombiner en des cellules souches pluripotentes, puis de les différencier avec presque autant de facilité selon lui qu’une manipulation de cellules souches embryonnaires. Son équipe a alors converti avec succès les cellules souches buccales en plusieurs types de cellules, d’os, de cartilage, de muscle, mais aussi des neurones. Les résultats de l’étude furent publiés dans Stem Cells.

Voici une preuve supplémentaire qu’il faut suivre attentivement la recherche sur les cellules souches pour les promesses thérapeutiques qu’elle traîne avec elle. Les implications de ces recherches sur la régénération cellulaire peut représenter autant de pistes pour lutter contre la dégénérescence neuronale, les défaillances cardiaques, ou encore les maladies s’attaquant au système immunitaire comme le SIDA.

De plus, il faut préciser que si le procédé de prélèvement tendait à se généraliser, la biopsie sur le patient n’aurait pas grand chose de contraignant, et serait quasiment indolore.

Pour l’instant, l’équipe du professeur Pitaru en est aux essais pré-cliniques. Parce que les cellules de la muqueuse buccale sont prélevées et réimplantées après avoir été dérivées sur le même patient, aucun signe apparent de rejet n’a été observé dans ces essais jusqu’à présent. Le professeur rajoute que l’utilisation de ces cellules empêche le développement de tumeurs qui peuvent apparaître en se servant de cellules souches embryonnaires.

Bref, pendant qu’en France nous nous prenons encore et toujours la tête sur les problèmes éthiques causés par l’utilisation des cellules souches embryonnaires (j’espère sincèrement pour eux que les députés et sénateurs qui ont voté le projet de loi bioéthique dernièrement ne se sont pas sentis grandis à la suite du débat étriqué qui a eu lieu sur ce sujet), je me réjouis de voir que le dynamisme de la recherche thérapeutique israélienne montre que des alternatives crédibles à la recherche sur l’embryon existent et sont en cours d’approfondissement. Une bonne leçon pour regarder toujours plus loin que le bout de son nez… vers la bouche en l’occurrence.

Révision 2011 des lois de bioéthique : le rideau se referme au Sénat aujourd’hui.

In Uncategorized on juin 23, 2011 at 7:14

Cette année, le projet de loi bioéthique laissera sûrement à tous un vide même si personne ne pourra se mettre d'accord sur lequel.

C’est fait. La montagne parlementaire vient d’accoucher de sa souris législative. En ce jeudi 23 juin 2011, le Sénat vient d’adopter, après l’Assemblée le 21, le projet de loi bioéthique par 170 voix contre 157. Si le rapporteur UMP du texte, le sénateur Alain Milon, déplorait que le droit n’ait su évoluer à la même vitesse que la société française, le constat sur le plan thérapeutique est d’autant plus dramatique : nous n’avons pas su ramener l’éthique à la hauteur des bouleversements actuels de la recherche médicale internationale. Tout n’est pas négatif heureusement dans ce texte, et je vous propose un récapitulatif des points fondamentaux à retenir de celui-ci.

Assistance médicale à la procréation :

  • Le principe d’anonymat du don de gamètes est préservé. La tentative de l’ancienne ministre de la Santé, Madame Bachelot, n’aura donc pas abouti.

  • Transfert post-mortem d’embryon aux oubliettes. Alors qu’en première lecture, ce transfert fut autorisé, les parlementaires sont finalement revenus sur cette décision en seconde lecture et en CMP. Ce retour en arrière fut expliqué par les doutes exprimés dans l’hémicycle, notamment de la part du rapporteur de la commission spéciale Jean Leonetti, concernant le bien fondé d’une mesure qui autoriserait à une veuve de faire naître un enfant et de l’élever sans le père. Peut-on toujours assumer un projet parental en l’absence d’un des deux membres du couple qui de facto ne peut plus affirmer sa volonté ? La question se pose. Selon moi, face au caractère assez protéiforme du projet parental de nos jours, on peut considérer cette reculade comme une double peine pour la mère, une entrave à l’expression de sa libre volonté, mais comme l’a justement exprimé M. Leonetti, les citoyens grecs de l’agora excluait le pathos pour conserver l’esprit plus clair sur l’intérêt général. La bioéthique devrait-elle faire exception à ce principe ?

  • « La technique de congélation ultra-rapide des ovocytes est autorisée ». Cette technique dite aussi de « vitrification » est un gage de sécurité supplémentaire apporté par le législateur car bien plus efficace que la technique de congélation lente jusqu’alors autorisée. Le professeur René Frydman en novembre dernier, profitant du flou juridique, avait créé à ce propos la sensation en faisant naître pour la première fois en France des jumeaux à partir d’ovocytes congelés de cette manière.

  • La gestation pour autrui n’est pas pour demain. Principe fondamental de la première loi bioéthique de 1994, la non-instrumentalisation du corps humain est respectée encore une fois par le gouvernement et le parlement en 2011. Il était palpable dans les assemblées parlementaires qu’on serait encore à des années lumières de l’autorisation des mères porteuses en France. Comme souvent en bioéthique, ce n’est ni une bonne ni une mauvaise chose, tant la GPA est une question délicate. On reproche aux mères porteuses de ne pas avoir de « dignité » (à force d’être utilisé à tort et à travers, c’est plutôt ce mot qui perd toute essence) en pensant à une marchandisation du corps, mais que dire de la GPA non rétribuée comme autorisée en Angleterre et au Danemark ? On aurait en revanche préféré une position plus claire de la loi quant au destin de l’engeance de ces couples qui se déplacent à l’étranger pour bénéficier de la GPA, situation qui place les tribunaux actuellement dans une position compliquée.

Examen des caractéristiques génétiques à des fins médicales

Lors des examens réalisés dans un cadre médical, dans le cas où une maladie génétique grave est repérée, plusieurs moyens s’ouvrent au patient pour en faire part à sa famille. Une communication discrète et efficace est essentielle pour éviter à des tiers de prendre des mauvais choix, notamment dans le cas du DPN (cf. ci-bas).

« La personne est tenue d’informer les membres de sa famille potentiellement concernés dont elle ou, le cas échéant, son représentant légal possède ou peut obtenir les coordonnées, dès lors que des mesures de prévention ou de soins peuvent leur être proposées.

« Si la personne ne souhaite pas informer elle-même les membres de sa famille potentiellement concernés, elle peut demander par un document écrit au médecin prescripteur, qui atteste de cette demande, de procéder à cette information. Elle lui communique à cette fin les coordonnées des intéressés dont elle dispose. Le médecin porte alors à leur connaissance l’existence d’une information médicale à caractère familial susceptible de les concerner et les invite à se rendre à une consultation de génétique, sans dévoiler ni le nom de la personne ayant fait l’objet de l’examen, ni l’anomalie génétique, ni les risques qui lui sont associés. »

Sur le DPN et DPI :

  • Le diagnostic prénatal : Il consiste à détecter in utero chez l’embryon ou le fœtus, par le biais notamment d’échographies, une affection d’une particulière gravité. Sur ce sujet, il reçoit au praticien d’alerter la femme enceinte sur les possibilités de recourir à ce genre d’examens.

    « II. – Toute femme enceinte reçoit, lors d’une consultation médicale, une information loyale, claire et adaptée à sa situation sur la possibilité de recourir, à sa demande, à des examens de biologie médicale et d’imagerie permettant d’évaluer le risque que l’embryon ou le fœtus présente une affection susceptible de modifier le déroulement ou le suivi de sa grossesse. »

  • Le diagnostic préimplantatoire : consistant à un examen des cellules prélevées sur l’embryon in vitro reste employé qu’à « titre exceptionnel ».

Art. L2131-4 du Code de la Santé Publique :

« Un médecin exerçant son activité dans un centre de diagnostic prénatal pluridisciplinaire tel que défini par l’article L. 2131-1 doit attester que le couple, du fait de sa situation familiale, a une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.

Le diagnostic ne peut être effectué que lorsqu’a été préalablement et précisément identifiée, chez l’un des parents ou l’un de ses ascendants immédiats dans le cas d’une maladie gravement invalidante, à révélation tardive et mettant prématurément en jeu le pronostic vital, l’anomalie ou les anomalies responsables d’une telle maladie. »

En outre, un rapport annuel de l’Agence de Biomédecine est tenu sur l’évolution de ces pratiques dont certains craignent qu’elles ne flirtent par un côté trop systématique avec des dérives eugéniques.

Sur le don d’organes :

Gros point positif de ce nouveau texte qui fit l’unanimité dès le début de son examen, le don croisé d’organes (pour plus d’informations sur le principe). Cette nouvelle fenêtre d’ouverture sur le don d’organes en France, s’assortit dans le même texte d’un besoin de communication sur le don d’organe en général, et ce dès le lycée.

Recherche sur l’embryon :

Après la décision symbolique éphémère prise par les sénateurs en première lecture d’autoriser la recherche sur l’embryon, le régime d’interdiction avec dérogations est maintenu. Je ne peux que comme le président de la commission spéciale de l’Assemblée, Alain Claeys, déploré que les alternatives aux cellules souches embryonnaires n’aient encore une fois été prises en compte sérieusement (cf. mes articles précédents). En n’osant pas légiférer pour encadrer les avancées scientifiques en recherche thérapeutique cellulaire qui ne se résument pas à la recherche sur les cellules souches embryonnaires, les parlementaires ont manqué de réduire l’aléa éthique lié à la manipulation d’embryons. La recherche sur l’embryon continue de s’asseoir inconfortablement pour tout le monde sur deux chaises. Une grosse occasion de manquée selon moi durant l’examen de ce projet de loi.

Application et révision de la loi

  • Un délai maximal de sept ans est prévu avant la prochaine révision de la loi.

  • Rôles du CCNE, OPECST et ABM dans la perspective d’une révision :

    « Tout projet de réforme sur les problèmes éthiques et les questions de société soulevés par les progrès de la connaissance dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé doit être précédé d’un débat public sous forme d’états généraux. Ceux-ci sont organisés à l’initiative du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, après consultation des commissions parlementaires permanentes compétentes et de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

    « À la suite du débat public, le comité établit un rapport qu’il présente devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, qui procède à son évaluation.

    « En l’absence de projet de réforme, le comité est tenu d’organiser des états généraux de la bioéthique au moins une fois tous les cinq ans. »

    « L’Agence de la biomédecine établit un rapport annuel d’activité qui est rendu public et qu’elle adresse au Parlement, qui en saisit l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, au Gouvernement et au Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. »

Le Président de la République dispose maintenant de quinze jours pour promulguer la loi afin de lui donner son caractère exécutoire.

Des réactions sur ce projet de loi que vous auriez gardées pour vous-mêmes jusqu’à la fin de l’examen : n’hésitez pas à vous exprimer dans la section « Commentaires » de ce billet. Je vous dis en attendant à très bientôt !

2e lecture du projet de loi bioéthique au Sénat : rétropédalage avant la CMP.

In Uncategorized on juin 12, 2011 at 10:31

- C'est encore loin la CMP ?

Après la transmission dès le 31 mai  au Sénat du texte des députés, les sénateurs se sont penchés ces derniers jours en deuxième lecture sur le projet de loi bioéthique. Alors que la position des sénateurs lors de la première lecture avait surpris les médias – lorsqu’il acceptèrent le principe d’autorisation de la recherche sur l’embryon par exemple -, il semblerait que cette fois la chambre haute ait dû courber l’échine pour rejoindre les vues de la chambre basse du Parlement.

Ainsi, le revirement principal de cette deuxième lecture consista dans l’adoption in extremis (164 voix contre 161) d’un amendement déposé par Jean Claude Gaudin (UMP) optant pour une conservation du système en vigueur d’une interdiction avec dérogations de la recherche sur l’embryon. En validant l’amendement dans le texte, il faut se rappeler que le débat sur la recherche cellulaire à des fins thérapeutiques était dans les hémicycles mort-né, les autres alternatives à la recherche sur les cellules souches embryonnaires n’ayant pas été abordées. Le ministre de l’emploi, du travail et de la santé, X. Bertrand, peut de facto se satisfaire de l’institutionnalisation de ce système de recherche qui fait office de compromis de l’extérieur et qui permet de ne pas complètement froisser sur ce sujet sensible alors que les présidentielles sont toujours plus proches qu’on ne le pense.

Un retour est effectué sur l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation à tous les couples : comme l’Assemblée nationale, les sénateurs ne l’autorisent désormais qu’aux couples hétérosexuels.

Les sénateurs ont confirmé être contre la gestation pour autrui, la levée de l’anonymat des donneurs de gamètes, le transfert post-mortem d’embryons.

Ils sont en revanche pour l’élargissement du cercle des donneurs vivants d’organes, le don croisé d’organes, l’obligation pour les médecins d’informer selon la situation particulière toute femme enceinte sur le diagnostic prénatal.

Ce sera donc le 15 juin 2011 que commencera la phase finale d’étude du projet de loi qui sera lissé en commission mixte paritaire (7 députés, 7 sénateurs), et que seront enterrées définitivement avant l’été les positions des parlementaires sur un texte qui n’a pas eu l’occasion de briller lors de son examen.

Comprendre le vivant dans son intimité : les défis posés par la biologie synthétique.

In Uncategorized on avril 25, 2011 at 10:08

Combinant les principes d’ingénierie et de biologie, la biologie synthétique ouvre la voie de la déconstruction/reconstruction de nouveaux systèmes biologiques. Bien que la naissance de ce domaine scientifique soit assez récente, le premier congrès officiel spécifique s’étant déroulé en 2004 au MIT, certains scientifiques  du XXe siècle avaient déjà entrevu ce qui se trouve au fondement même de la biologie synthétique aujourd’hui : la compréhension la plus poussée qui soit des mécanismes du vivant. Le biologiste français Stéphane Leduc, dans son ouvrage de 1912 La biologie synthétique, parlait justement d’une « science synthétique » lorsque la structure des objets d’analyse était entièrement mise à nu et qu’il devient possible pour le scientifique de recréer un objet identique, voire même modifié. Il n’est pas surprenant alors qu’en 2009 les équipes américaines de J. Craig Venter, se trouvant à la pointe de ce domaine, avaient malicieusement codé comme une citation du physicien Richard Feynman à l’intérieur d’un génome synthétique transplanté dans une enveloppe de levure : « Ce que je ne peux pas créer, je ne le comprends pas » (l’anecdote racontée ici avec plus de détails par le Dr Venter en personne).  À l’instar de cette figure emblématique de la génétique, des entreprises privées se développent dans ce champ aux Etats-Unis, encouragées récemment par le gouvernement américain. En effet, au mois de décembre dernier, la Commission présidentielle américaine sur la bioéthique avait publié un rapport autorisant ces recherches sur le territoire national, considérant que les risques posés par ce domaine n’étaient encore tangibles et appelant pour le moment à ce que les scientifiques soient transparents et raisonnables dans leurs travaux. Si l’administration américaine est sensible à l’évolution du domaine, qu’en est-il en France ?

A ma connaissance , aucune loi ne mentionne la biologie synthétique et ne pose des limites éthiques à sa manipulation (ce n’était même pas le cas dans l’étude d’impact du projet de loi sur la bioéthique). Cela prouve une certaine nonchalance politique française à développer ce domaine en encadrant ses risques potentiels. Le scientifique-fou a encore de beaux jours devant lui par conséquent s’il prend à la lettre l’article 5 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 de valeur constitutionnelle : « La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. »

Alors oui, la France est en net retard sur le champ de la biologie synthétique par rapport à son homologue américain. Pourtant, il faut se méfier des faux effets d’avance, surtout dans un domaine qui a su développer très tôt une culture de l’opensource. Le chercheur américain du MIT, Tom Knight, a alors participé dans le début des années 2000 au développement des BioBricks (Briques du vivant), son idée étant avec d’autres chercheurs (comme Drew Andy , ou encore Christopher Voigt) de standardiser à la manière de l’ingénierie toute construction biologique. Les biobricks sont donc constituées de séquences d’ADN de structure et fonction définies, dont l’assemblage permettrait de construire de nouvelles formes de vie. Les avancées effectuées par la communauté internationale, à l’aide notamment de « machines à synthétiser l’ADN » (disponibles à la vente sur eBay), sont mises en ligne dans des registres, chacun pouvant alors reprendre ses données pour repartir sur sa propre création. Dès 2003, un concours, l’IGEM (International Genetically Engineered Machine competition) encourageait les aficionados étudiants de la biologie synthétique en provenance des quatre coins de globe à venir concourir en démontrant leur imagination et leur audace dans leurs constructions. À ce propos une équipe francilienne en 2007 et une équipe de l’INSA de Lyon en 2010 ont été récompensées pour leurs travaux respectifs à ce concours, preuve que même sporadiquement les jeunes chercheurs français veulent s’investir dans ce domaine scientifique.

Il faut tout de même remarquer qu’une amorce de réflexion sur la biologie synthétique a débuté en France. En témoigne un compte-rendu d’étude de l’OPECST (Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientiques et Technologiques) de février 2011 sur le sujet. Ce compte-rendu souligne surtout l’écart séparant les applications prometteuses de cette technologie dans les domaines de l’environnement, de l’énergie, de la médecine, et les réalisations possibles aujourd’hui. Cependant, en contraste avec les Etats-Unis, aucune de stratégie spécifique n’est établie pour orienter cette recherche en France, l’heure restant encore à l’évaluation et aux discussions.

En marge de toute circonspection, des nouvelles unités de recherche consacrées à la biologie synthétique se créent dans le monde : encore discrète, cette matière sera faire parler d’elle auprès du grand public dans la décennie à venir. Lorsque la technologie synthétique sera suffisamment maîtrisée, on pourra alors imaginer à terme des possibilités d’utilisation de cellules synthétiques dans des applications thérapeutiques dépassant celles des cellules souches. C’est bien normal car dans l’absolu, les seules limites de la biologie synthétique sont l’imagination…. et bien sûr l’éthique. Mais lorsque l’imagination des scientifiques s’emballe, voici un petit aperçu de ce que pourrait devenir par exemple votre Actimel du matin au contact de cette technologie (âmes sensibles, s’abstenir de cliquer).

Une question reste de connaître quels seront les moteurs de cette recherche sur le sol national pour les années à venir, même si l’on sait que la voie de la coopération entre pays de l’UE est déjà en cours. Bien qu’un modèle public garantit un meilleur encadrement des dérives potentielles liées à cette recherche, une transposition du modèle américain serait-elle envisageable en France ? Comment envisager de toute manière de se passer du secteur privé pour ce jeune domaine en période de gels des crédits publics, et donc de ceux attribués à la recherche (c’est le cas en UE, mais ça l’est aussi outre-Atlantique) ? Enfin, à quand peut-on escompter des prises de position politiques claires sur ce domaine ?

Pour plus d’informations sur la biologie synthétique, je vous conseille ce site en français.

Le projet de loi sur la bioéthique en première lecture au Sénat : où en sommes-nous ?

In Uncategorized on avril 8, 2011 at 1:17

Depuis son passage en première lecture à l’Assemblée en février, le projet de loi sur la bioéthique a subi cette semaine plusieurs modifications de la part des sénateurs.

Maintien de l’anonymat du don de gamètes (contre l’avis de la commission aux affaires sociales reprenant l’idée de l’ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot). Cependant, les sénateurs sont revenus sur l’ouverture du don aux personnes n’ayant encore eu d’enfants qui avait été précédemment permise par l’Assemblée.

Ouverture de l’aide médicale à la procréation « à tous les couples » (donc aussi aux couples de femmes), voté contre l’avis du ministre Xavier Bertrand. Cet amendement PS/Verts compte mettre fin à la pratique du « bébé Thalys » : des couples allant en Belgique pour bénéficier de l’AMP en toute légalité.

Suppression du principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon contre l’avis du gouvernement. Succès partiel donc pour les scientifiques ayant fait pression sur les sénateurs pour mettre fin à ce régime entravant leurs recherches (cf. article sur le Dr Peschanski). Xavier Bertrand prévient : « Ce n’est pas la position du gouvernement, et ne soyez pas étonnés si le gouvernement y revient pendant les navettes » (le texte repassera en effet en deuxième lecture dans les deux chambres).

– Pour ce qui est de la gestation pour autrui, les sénateurs ont suivi les députés : la GPA ne passera pas. Ils furent confortés dans leur décision par un récent arrêt de la première Chambre civile de la Cour de Cassation qui considère cette pratique comme allant à  l’encontre « des principes essentiels du droit français« . Cette résistance des parlementaires repose principalement dans les appréhensions relatives à toute instrumentalisation du corps.

-Enfin, la technique de la congélation ultra-rapide des ovocytes, la vitrification, est avalisée par les sénateurs.

Le régime français de recherche sur l’embryon une fois de plus remis en question.

In Uncategorized on avril 1, 2011 at 11:21

Le destin de la recherche sur l’embryon bientôt entre les mains des sénateurs.

De récentes découvertes d’une équipe scientifique française  sur la dystrophie musculaire relancent le débat de la recherche sur l’embryon.

Jusqu’à présent, aucun solution fiable n’a été trouvée pour soigner la dystrophie musculaire. Ce constat est encore plus inquiétant si l’on considère qu’une de ses formes les plus courantes, la dystrophie myotonique de type 1 (ou maladie de Steinert), tend héréditairement à s’aggraver, les symptômes pouvant se manifester peu de temps après la naissance à travers des retards de développement mental par exemple.

Une équipe de chercheurs du Genopole (sorte de Silicon Valley française pour ce qui est de la recherche génétique, qui se trouve à Évry, au sud de Paris) travaillant sur cette maladie sont parvenus très récemment à identifier les mécanismes moléculaires qui peuvent être responsables de certains des symptômes de cette maladie. Pour les plus curieux, les résultats ont été publiés dans Cell Stem Cell. Mais là où l’histoire devient réellement intéressante, c’est que cette prouesse de la génétique n’a pu être effectuée que par une étude sur des lignées de cellules souches embryonnaires (ou cellules ES). Or, l’utilisation de ces cellules, à cause de la destruction d’embryons qu’elle implique, est loin d’attirer une unanimité de regards consentants dans la société française. Justement, les chercheurs à l’origine de la découverte espèrent que ces résultats permettant de faire un bond considérable dans la compréhension de la maladie, permettront d’influencer le débat politique français actuel en faveur d’une libéralisation du régime de recherche sur l’embryon. C’est en tout cas une des priorités de Marc Peschanski, directeur scientifique de l’I−Stem (unité Inserm 861) au Genopole et auteur de la publication en question.

Comme indiqué dans les précédents billets, le statut de cette recherche sur l’embryon est en cours de révision en ce moment même, alors que le nouveau projet de loi de bioéthique passera en première lecture au Sénat à partir du 5 avril. Le régime en vigueur reste une interdiction de principe accompagnée de dérogations, le tout sous le contrôle de l’Agence de Biomédecine. La commission des affaires sociales du Sénat, dans ses travaux préparatoires, considère « que le régime actuel d’interdiction assortie de dérogations fragilise la recherche française« . Elle a alors décidé d’adopter un amendement donnant la préférence à une autorisation encadrée de la recherche sur l’embryon.

De même, pour éclaircir le débat, M. Peschanski tient à avancer qu’il serait faux de croire que les cellules iPS (non destructrices d’embryons) puissent, dans l’état actuel de la recherche, représenter un parfait substitut aux cellules ES.  Il est vrai que malgré leur potentiel thérapeutique, depuis le début de l’année un nombre croissant d’articles de grandes revues internationales pointaient du doigt par ici-là des mutations délétères  imprévues après l’utilisation de cellules iPS.  Différentes solutions à partir de cette situation peuvent être envisagées. Tout d’abord, les pro-iPS  peuvent considérer que financer des projets visant à mieux anticiper ces mutations est indispensable pour le sort des thérapies de demain. Mais, le législateur peut tout aussi bien estimer plus sage de mettre ses œufs dans plusieurs paniers en développant d’autres secteurs de recherche cellulaire (comme celle sur l’embryon ou sur la biologie synthétique elle-même fortement embryonnaire en France). Il reste ainsi à suivre la manière dont les sénateurs vont dans quelques jours essayer de déminer le sujet.

La technologie médicale sait aussi faire peau neuve.

In Uncategorized on mars 2, 2011 at 12:45

Chers amis lecteurs, n’ayant jamais douté de votre sagacité, laissez moi vous poser une question : quel est le point commun entre un pistolet à peinture et une imprimante ? Un indice : vous pourrez peut-être voir ces deux objets dans votre hôpital de demain. Enfin, des versions modifiées de ces appareils qui représentent deux solutions innovantes pour la médecine régénérative cutanée. Petite introduction.

Le pistolet pulvérisateur de cellules souches est sorti tout droit de l’imaginaire d’un professeur de l’Institut McGowan pour la médecine régénérative à Pittsburg, Jörg  C. Gerlach (lequel reprend d’ailleurs assez bien le cliché du scientifique-fou : cf. vidéo de présentation ci-dessous). Aidé par son équipe, il commença à mettre au point cette technique à partir de 2008, celle-ci mettant environ deux années pour s’avérer pleinement opérationnelle. Depuis, plus d’une douzaine de patients plus ou moins gravement brûlés ont été soignés avec succès par cet appareil en battant des records de vitesse pour régénérer la peau meurtrie. Comment tout cela fonctionne ?

Il faut rappeler que jusqu’à présent, les brûlures sont généralement traitées par des greffes de peau, ce qui implique de prendre des morceaux de peau à partir de pièces intactes du corps du patient, ou bien de mettre en culture des feuilles de peau artificielle, et de les greffer sur l’endroit brûlé. Les zones ainsi traitées peuvent prendre plusieurs semaines voire des mois à guérir, autant de temps pendant lequel le patient peut être exposé à des infections, la peau étant la première ligne de défense du corps contre les pathogènes.  La technique de pulvérisation pour soigner des brûlures au second degré a été conçue pour la première fois par la doctoresse australienne Fiona Wood qui dans les années 90 monta sa propre société (C3) pour commercialiser sa méthode du « jet sur la peau » de cellules préalablement mises en culture. Ce procédé refit parler de lui en 2002 lors des attentats de Bali en permettant de sauver la vie de nombreuses victimes. Cependant, l’invention du docteur Gerlach amène la régénération cutanée à un tout autre niveau. En isolant à partir des parties saines de la peau des cellules souches, qu’il mélange à une solution, puis sous contrôle d’un ordinateur, pulvérise sur la peau brûlée, la méthode s’avère on ne peut plus fiable et efficace. De la biopsie à la pulvérisation, seulement 90 minutes se sont écoulées environ, et à partir de là, ce n’est qu’une question de quelques jours pour que la peau soit régénérée.

Il semble pourtant que du côté du Centre Wake Forest pour la médecine régénérative, cette invention du pistolet pulvérisateur n’ait pas fait la meilleure impression.  Cette dernière fut plutôt réservée  à une « imprimante », laquelle munie d’un laser, joue  la carte de la précision absolue. Comme l’explique un des membres de l’équipe à l’origine de cette création : « Un laser parcourt d’abord la plaie, de sorte qu’une carte peut être créée pour diriger l’imprimante précisément sur la place de chaque type de cellule« . Pour l’anecdote, « l’imprimante-peau » est financée en partie par le ministère de la Défense américain qui espère emporter un jour cette technologie médicale sur le terrain militaire afin de soigner plus efficacement les troupes blessées. Néanmoins, l’équipe scientifique affirme qu’il faudra encore quelques années pour que cette idée soit concrétisée, l’imprimante étant encore testée pour le moment sur des souris.

Ces exemples de biotechnologies futuristes nous rappellent que l’innovation repose souvent sur une utilisation nouvelle de produits connus de tous. La médecine régénérative se transforme à toute allure de nos jours, c’est un fait, encore faudra-t-il savoir pour qui ? Ces objets étant présentés à l’état de prototypes, on ne connaît pour l’instant les intentions de commercialisation de leurs concepteurs, encore moins la fourchette de prix. Ce que vendent surtout ces hommes pour l’instant c’est du rêve, l’accès à ces nouvelles techniques en France restant illusoire. Mais savoir leur réalisation technique possible devrait davantage inspirer notre recherche nationale n’étant pas si à la traîne que cela sur ce sujet, et faire pression sur les autorités publiques pour qu’elles mettent autant que possible à la disposition du patient ce que la science offre de meilleur.

 

Lien : Vidéo de présentation du pistolet pulvérisateur réalisée par la chaîne National Geographic.

Faut-il légaliser l’euthanasie en France ? Le Sénat rouvre le débat.

In Uncategorized on janvier 20, 2011 at 12:13


A ses origines, rappelons que le terme d’euthanasie avait une connotation méliorative. Étymologiquement, ce mot est formé du grec par le préfixe eu, « bien », et du nom commun thanatos, « mort »  et il signifie donc bonne mort, ou dit autrement, la mort dans de bonnes conditions.

Dans son célèbre livre, Du progrès et de la promotion des savoirs (1605), le philosophe anglais du XVIIe siècle, Francis Bacon, réputé père du néologisme, en avait la vision suivante :

« [Les médecins] s’ils étaient jaloux de ne point manquer à leur devoir, ni par conséquent à l’humanité, et même d’apprendre leur art plus à fond, ils n’épargneraient aucun soin pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité ». Bacon entrevoit l’euthanasie comme une option tout à fait compatible avec la « dignité humaine » (quel concept formidablement malléable n’est-ce pas ?), voire même enrichit cette notion en l’actualisant. Pour le philosophe, dans les situations désespérées pour le malade, l’euthanasie est un devoir, un acte de compassion du médecin à l’égard du patient à une période où des possibilités comme l’application de soins palliatifs n’existaient pas encore.

Il n’est en rien étonnant que les propos baconiens d’alors puissent choquer le lecteur contemporain, car entre-temps c’est bien la vision même de l’euthanasie en société qui s’est ternie par l’histoire. Quelles interrogations peut-on tirer de ce fait sur le texte proposé au Sénat relatif à l’euthanasie (ou sa version novlangue 2011 qui passe quand même bien mieux, « l’aide médicalisée pour mourir ») ?

Problème n°1 : Tandis qu’en société française le suicide est dépénalisé, de quel droit le refuser à une personne n’ayant les moyens de le faire ? Après tout, si un citoyen français libre de ses choix, à partir du moment où ils ne portent préjudice direct à autrui, se retrouve atteint d’une maladie incurable et en proie à d’extrêmes souffrances autant physiques que morales, revendique son droit à choisir sa mort comme tout autre citoyen en possession de ses moyens, qui serions-nous pour contrevenir à sa volonté ? Ces questions sont volontairement biaisées et rappelle bien le nœud de la guerre pour les questions d’euthanasie, qui est la légitimité de la parole d’un patient informé de sa condition. Bien entendu, le respect de la volonté du patient est toujours de mise pour le médecin comme en témoigne un extrait du Code de Déontologie Médicale (CDM):

Article 36 (article R.4127-36 du code de la santé publique)

Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas.

Lorsque le malade, en état d’exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences.

Si le malade est hors d’état d’exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité.

Cependant, lorsqu’un patient, atteint de maladie incurable ou dans une situation critique à la suite d’un accident, réclame le droit à une « bonne mort », alors que les soins palliatifs existent, le médecin ne peut s’empêcher de regretter l’influence de la détresse morale du patient sur sa décision, tandis qu’un espoir (même infinitésimal) de s’en sortir existe toujours. En cela il n’est pas étonnant d’avoir à l’alinéa 3 de l’article 2 de la proposition de loi l’exigence de la part du patient du « caractère libre, éclairé et réfléchi de sa demande ». Plus facile à déterminer de manière abstraite que dans les faits… En pratique de même, une grande responsabilité repose dans le processus de formation de cette décision sur la clarté et précision de l’information délivrée par le praticien quant à la situation du patient.

Problème n°2 :Imaginons à présent qu’après moult constats d’une demande réitérée du patient à mourir, que cette décision soit prise librement et lucidement, qu’il est certain que les soins palliatifs n’auront aucun effet sur la condition du patient, comment encore concilier la liberté d’autodétermination du patient et les impératifs déontologiques du personnel médical ?

Rappelons le CDM :

Article 38 (article R.4127-38 du code de la santé publique)

Le médecin doit accompagner le mourant jusqu’à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage.

Il n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort.


Or, l’administration d’un produit létal par le praticien remet lourdement en cause, il faut le reconnaître, le rapport « traditionnel » du médecin vis-à-vis de son patient. Plus problématique selon moi est le fait que l’article 6 de la proposition de loi autorise le refus pour un praticien de pratiquer l’euthanasie sur un patient, et « dans ce cas, le médecin est tenu de l’orienter immédiatement vers un autre praticien susceptible de déférer à sa demande ». Sous couvert de vouloir protéger la liberté de conscience particulière du médecin, ne serait-ce pas là plus gravement introduire une moralité à géométrie variable au sein de l’ordre médical ?

D’autres doutes subsistent sur la bonne mise en application d’autres clauses mentionnées dans la proposition de loi :

-Article 3 : il est avancé que toute personne majeure peut être en mesure de rédiger des « directives anticipées » relatives à la fin de sa vie. Ici, un problème de pédagogie autour de cette clause persiste : vous imaginez-vous rédiger dans un état de santé correct des directives hypothétiques pour le futur prévoyant votre euthanasie ?

-Article 4, alinéa 4: la reconnaissance des deux témoins « n’ayant aucun intérêt matériel ou moral » à voir le patient décédé me semble être une démarche manquant de légitimité du fait de sa facilité à être manipulée.

-Article 5, alinéa 4 : « Est réputée décédée de mort naturelle en ce qui concerne les contrats où elle était partie la personne dont la mort résulte d’une assistance médicalisée pour mourir ». En comprenant les finalités légales de cette clause elle reste difficilement contestable. Néanmoins, quelles conséquences morales pour les proches qui, ayant contesté la démarche d’euthanasie, considèrent justement cette dernière comme l’obstacle décisif ayant privé toute chance d’une « réelle » mort naturelle ? L’ajout d’une mention précisant l’utilisation de l’aide médicalisée pour mourir serait-elle une solution suffisante pour calmer les consciences ?

Ainsi, je ne suis pas opposé aux velléités qui sous-tendent cette proposition de loi qui a le mérite de réactiver le questionnement de nos valeurs françaises contemporaines quant à la dynamique biopoliticienne évoquée par l’euthanasie de nos jours. Comme un des défenseurs de la proposition de loi l’indiquait en filigrane récemment sur France Info, l’option donnée aux citoyens de l’euthanasie est-elle un marqueur certain d’avancée civilisationnelle ? Qu’en est-il des craintes soulevées par nombre d’associations luttant pour le droit à la vie qui appréhendent les conséquences d’une certaine marginalisation des soins palliatifs si cette proposition était appliquée par rapport au système en vigueur (loi du 22 avril 2005) ?

Trop de questionnements peut-être sur une proposition de loi qui est encore loin d’avoir la côte, une majorité de l’UMP semblant pour l’instant défavorable à l’adoption du texte. Réponse définitive alors à partir du 25 janvier prochain.

Pour conclure sur une note optimiste, il reste à se demander si dans 20 ans par exemple, au vu du développement des performances en technologie médicale, ces problématiques se poseront avec autant d’acuité. Pourquoi tant d’insistance de ma part à travers mes différents billets sur les promesses qu’incarnent les cellules souches à votre avis ?

Les fantômes de l’arrêt Lamberth

In Uncategorized on septembre 10, 2010 at 9:59

Pour débuter, rien ne vaut mieux que de s’immerger dans les remous de l’actualité estivale. Le 23 août dernier, un nom, celui du juge américain Royce Lamberth faisait parler de lui dans les journaux. La raison? Son arrêt déjà célèbre interdisant au niveau fédéral les subsides publiques versées à destination de la recherche sur les cellules souches embryonnaires ou cellules ES. Côté outre-Atlantique, cette injonction de la cour d’appel fut ressentie comme une réelle pique envers l’administration Obama et sa politique de mars 2009 qui autorisait à nouveau le financement de ces recherches après 8 ans de gel sous les mandats Bush. Sensation de retour à la case départ donc. Consolation temporaire pour le gouvernement en place, le 9 septembre dernier, une autre décision en appel autorise pour le moment le financement public des cellules ES dans l’attente d’une étude plus approfondie du dossier.

Bien évidemment, les enjeux entourant cet arrêt débordent largement du seul cadre d’une guerre politique des egos mais met à vif un dilemme éthique qui est une bombe à retardement ayant de fortes chances d’exploser au nez du législateur. Pourquoi cela?

Premièrement, l’Etat américain connaissant les incertitudes liées à l’évolution de la recherche sur les cellules ES et donc les risques y afférents, doit avoir comme garantie morale de l’encadrer un minimum et cela même le plus tôt possible. Cette surveillance de la recherche passe alors forcément par un financement public avec des objets de recherches transparents et régulés (à l’instar des fameuses guidelines des NIH). Cesser d’une manière ou d’une autre la dotation publique de ce type de recherche revient à faire le jeu dangereux de l’autruche. La science ne s’arrête pas du jour au lendemain, et lorsqu’un axe de recherche est jugé prometteur, il trouvera sur sa route son public. Ainsi, les initiatives de financement privées répondront d’autant plus présentes, de même que d »autres Etats peut-être plus attirés par les potentiels réels de gains futurs liés à cette recherche et moins par les questions de biosécurité et de bioéthique. Lorsque l’Etat alors se désengage de la recherche sur les cellules souches, il cautionne un développement parallèle opaque d’une recherche plus que « sensible », et faillit par ce manque de contrôle à une des prérogatives fondamentales de tout Etat de droit qui est la sécurité de ses concitoyens.

L’opinion publique ne lui facilite pas la tâche car la « nationalisation » de la recherche sur les cellules ES et donc sur la manipulation d’embryons sont considérées par ses opposants comme un geste éthiquement partial enfreignant la conception de neutralité éthique de l’Etat de droit moderne. Pourtant, en ce qui concerne la recherche sur les biotechnologies de demain, si la neutralité de tout Etat responsable vis-à-vis de sa population et des générations futures se comprend comme une mise en retrait sur ces sujets, c’est effectuer un contre-sens lourd de conséquences. Au contraire cette neutralité étatique doit mieux se comprendre comme un « équilibre » visant à assurer l’exercice des libertés citoyennes. Une vraie question se posant à lui se trouve ici: comment trouver entre ses devoirs le juste milieu où trancher?

Enfin, les espoirs curatifs que fixent sur elles les cellules-souches ne font que complexifier la réponse étatique. Or, il faut toujours avoir à l’esprit que beaucoup de problèmes de bioéthique ne se poseraient tout bonnement pas ou seraient tout au mois simplifiés, si la science avait déjà atteint son zénith dans le domaine médical (pourquoi parler de mère porteuse si les problèmes d’infertilité sont connus et peuvent être réglés? Pourquoi se poser la question de l’euthanasie si des traitements existaient pour les patients concernés?etc.). Alors qu’il est en vogue en bioéthique (notamment du côté français) de défendre une application politique du droit de la bioéthique devant en priorité garantir des valeurs d’ « intérêt général » (notion encore intrinsèque à l’Etat de droit moderne) en dépit du risque de contrarier les convictions de certains, comment l’Etat à orientation sociale d’Obama tournerait-il le dos à cette recherche susceptible de soigner à grande échelle des maladies encore mal comprises et in fine élever le niveau vie de sa population?

Coup d’opportunité difficile à évaluer donc pour le politique (que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs) qui souffre forcément dans sa capacité de jugement de ces doutes sur les finalités de la recherche sur les cellules-souches. Il est ainsi de sa responsabilité de s’informer au mieux pour estimer les risques sans trop cependant se laisser emporter par la tempête idéologique qui ne cessera de souffler de toute part sur ces questions, la pire des réponses qu’il pourrait livrer reposant sans se leurrer dans son inaction.