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Les community labs : une révolution pour le « do-it-yourself » en biotechnologies ?

In Uncategorized on janvier 12, 2012 at 6:30

BioCurious, un community biotech lab américain à forte visibilité.

Dans le monde des biotechnologies, un bilan peut aisément être effectué pour l’année 2011 : croissant fut le nombre des bioéconomistes qui choisirent de concentrer leurs études sur rôle joué par « l’innovation de garage » et sur les moyens de la faciliter. Cette tendance est vouée à être confirmée au cours de 2012. Pourtant, la part de l’innovation technologique propre au do-it-yourself (DIY) de garage reste encore trop souvent assimilée à la marginalité d’exemples flamboyants comme Hewlet-Packard ou Microsoft. Mais outre-Atlantique, les papiers se sont multipliés en 2011 sur l’intérêt que pourrait avoir le gouvernement américain à favoriser le développement en réseaux de ces laboratoires particuliers en biotechnologies, et surtout, à faciliter les échanges de la communauté de ces « chercheurs ».

Un modèle fait l’objet d’une minutieuse attention pour relever ce défi et faciliter l’innovation en biotechnologies : les « community biotech labs ». Le pari de ces laboratoires, qui sont pour la plupart sous l’égide d’une organisation à but non lucratif, est de fournir l’équipement (ici un exemple de liste) et la pédagogie nécessaires à tout curieux voulant conduire ses expériences en biotechnologies. Ces laboratoires DIY tranchent donc substantiellement avec le schéma archétypique des startups qui ont pullulé dans les années 80 aux Etats-Unis, où l’innovation s’insérait dans la perspective d’un enrichissement futur dépendant de l’apport de capitaux de la part des investisseurs. Alors que le modèle de laboratoire « traditionnel » est accessible aux étudiants et aux chercheurs attendant leur tour pour expérimenter avec une marge de manœuvre limitée, les community labs se tournent vers un plus large public, en leur garantissant une plus grande liberté d’expérimentation, et en dispensant des séminaires sur les biotechnologies pour ceux souhaitant approfondir leurs connaissances sur ce sujet.  Un des premiers community labs en biotechnologies de New York, Genspace,  revendique ainsi, depuis son ouverture en décembre 2010 à Brooklyn, son étiquette de « hacker space ».

Cette offre de laboratoires ouverts à la communauté, qui a su faire des émules jusqu’à présent, intéresse de facto progressivement le gouvernement américain. L’idée sous-jacente pour ce dernier serait naturellement de ne pas passer à côté de l’internalisation des externalités positives pour la recherche en biotechnologies produites par ces chercheurs de garage. Alors que le président Obama a entrepris dès septembre dernier, via son bureau exécutif des politiques scientifiques et technologies (OSTP), un appel à contributions pour « aider à hiérarchiser les approches afin de construire la bioéconomie américaine« , lesquelles pourraient se retrouver dans le « National Bioeconomy Blueprint » de 2012, fort est à parier que ces community labs pourraient s’immiscer dans le débat. Rappelons qu’en novembre 2009, ce même président avait signé un document, plus orienté sur les questions de biodéfense, le « National Strategy for Countering Biological Threats« , où était déjà mentionnée l’importance des laboratoires de garage au sein de l’innovation globale en biotechnologies.

Pour quelles raisons les community labs connaissent-ils un développement stupéfiant depuis 2010 aux Etats-Unis ?

Le modèle d’innovation porté par des grandes compagnies de biotechnologies comme Genentech n’est plus forcément le seul à être jugé efficace. La centralisation des investissements en équipement et en personnel qualifié permis par ces entreprises peut en effet se sentir parfois dépassée par la richesse de toute une communauté, qui à la fois réfléchit en même temps, mais profite de même de l’expérience particulière de chacun de ses membres.

Si en 1959, le physicien Richard Feynman avait suggéré que la raison la plus évidente de poursuivre la recherche en nanotechnologies était de le faire « juste pour le fun », il semblerait bien que de  nos jours le gouvernement américain prenne très sérieusement en compte les bénéfices qu’il pourrait retirer de cette curiosité du chercheur de garage.

La stochasticité de toute recherche en biotechnologies se plie pourtant à un constat de base pour que puisse surgir de l’expérimentation l’innovation : plus le protocole expérimental va être travaillé, réétudié, répété, enrichi du savoir oxygénant d’un nouvel individu, plus les chances sont élevées que, de tout ceci, une découverte ressorte. L’innovation de garage perd donc en valeur si elle reste un peu trop repliée sur elle-même, ce qui est structurellement le biais de nombreux cas de biohackers qui ne prennent pas forcément conscience de travaux analogues aux leurs. La technologie peut être accessible à chacun, par le truchement de l’open access, des machines à synthétiser des gènes peuvent être achetées sur eBay, mais l’intérêt réel de cette recherche de garage reposerait plutôt sur sa mise en réseau.

En comptant manifestement (s’)investir un peu plus dans les community biotech labs, le gouvernement américain suit ainsi sagement le mot du philosophe Jean Bodin qui déjà au XVIe siècle avançait qu’ « il n’est de richesse que d’hommes ». Il prend le parti que la recherche en biotechnologies avancera plus rapidement si chaque personne volontaire y met du sien de façon intelligente et coordonnée. Ce rapprochement effectué contribue aussi à l’extension des fonctions régaliennes de l’Etat sur cette recherche privée. Par une plus forte coopération avec les autorités publiques, les community labs permettent en effet de contrôler un peu mieux que dans les garages particuliers l’évolution des recherches de chacun et s’assurer que le principe de biosûreté soit au mieux respecté. Le FBI n’hésite pas non plus à entrer en contact avec ces laboratoires pour compléter les formations qu’il dispense en interne sur le bioterrorisme.

Alors le do-it-yourself en biotechnologies mis sur l’autel de la communauté, une manne sérieuse d’innovation future ou une entreprise qui ne sera jamais plus que ludique?

[Dans le rétro] Technique, moralité et normativité de la vie humaine

In Dans le rétro, Uncategorized on octobre 16, 2011 at 9:47

Ce billet constitue d’une certaine façon le prolongement de la réflexion déjà entamée ici.

Si Hans Jonas s’inquiète des conséquences de nos actions présentes à travers sa théorisation du « principe responsabilité », c’est qu’il a particulièrement en tête tout ce que la génétique de la fin des années 1970 traine comme dérives latentes avec elle. Non seulement la compréhension du génome humain a fait plusieurs bonds en avant, mais déjà l’homme est en capacité technique d’agir sur celui-ci et de le modifier partiellement.

En prenant l’exemple du clonage reproductif déjà entrevu à cette période : comment expliquer alors que la frustration de parents puisse justifier l’imposition d’un mode de vie « contraignant » pour leur progéniture?  C’est ainsi que Jonas revendique son attachement aux principes humanistes de notre temps qui nous déterminent et fondent une liberté de type kantienne, en s’effrayant des dévastes identitaires que pourraient produire l’application des sciences à des fins  d’« amélioration » de l’homme. Pourtant, pour ce qui est des manipulations génétiques dont les conséquences à l’heure actuelle sont encore loin d’être complètement comprises, la moralité kantienne paraît être un concept difficilement applicable. Cette remarque nous renvoie alors à nous questionner sur les types de comportements aujourd’hui acceptables dans nos sociétés pour la reproduction de notre espèce.

On le sait, la moralité évolue en fonction des mentalités, des mœurs, et peut-être que les remarques d’un jour de Hans Jonas ne seront plus pertinentes le lendemain. Prenons par exemple la question de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Cette pratique bien qu’encore moralement fort éprouvante s’est de nos jours amplement « normalisée » dans la société française. Kant peut même d’une certaine manière justifier l’IVG : dans le cas d’une conception qui n’était mûrement réfléchie ou voire même forcée, il peut s’avérer comme relevant d’une liberté fondamentale le droit de disposer de son corps et de ne pas faire subir à une progéniture potentielle les conséquences d’une parentalité qui n’est pas prête. Plus tard, Luc Boltanski reconnaîtra dans la légalisation de l’avortement au sein des sociétés contemporaines, la marque d’une dualité du fœtus[1]. La société pétrie à son insu d’une « grammaire de l’engendrement » ferait ainsi la distinction entre le fœtus « tumoral » qui ne serait qu’un amas de cellules sans objet et dont l’avortement pourrait libérer la femme qui le porte, et le fœtus « authentique » qui est déjà inséré dans un projet parental de long terme qui le fera devenir être de parole et pour lequel un avortement semble illégitime.

Il faut ainsi rappeler que le droit d’avorter, donc d’effectuer en quelque sorte un eugénisme négatif, ne fut de tous temps garanti en France. Encore sous la Seconde Guerre mondiale, « la faiseuse d’anges », Marie-Louise Giraud, connue pour ces cas d’avortement (notamment de femmes françaises violées par des officiers allemands pendant l’Occupation), s’est faite guillotiner pour ce « crime ». De nos jours, la législation mondiale est loin d’être de même unifiée sur ce sujet. Par exemple, la Corée du Sud vient de passer une loi en 2010 qui autorise l’avortement en cas de viol ou d’inceste. Faut-il parler pour autant d’un « retard » flagrant de la législation coréenne par rapport aux pays occidentaux?

On se rend ainsi compte à ce stade du raisonnement, que pour bien encadrer les dérives eugéniques pouvant résulter de l’application d’une technique médicale, il faut préalablement effectuer un travail de réflexion sur les limites que l’on veut donner à l’inaliénabilité de la vie. Sans cet effort de détermination, le débat sur la propension « eugénisante » de telle ou telle technique sera fatalement un échec car partira sur des définitions non concomitantes. Pourtant, comment définir dans notre morale collective des points de départ et de fin d’une vie qui serait à partir de là intouchable, sacrée, alors que les avancées de la technique déconstruisent toujours plus en profondeur notre jugement sur la formation de la vie ?


[1] Luc Boltanski, La condition fœtale, 2004.


Dans le rétro : Robocop humilié par Léon Trotski.

In Dans le rétro on mars 28, 2011 at 10:05


Vous connaissez certainement les théorisations communistes du révolutionnaire russe Léon Trotski, fondateur de l’Armée rouge. Des titres d’ouvrages aussi militants que La Révolution permanente ou encore La Révolution trahie ne vous laissent pas indifférents. Mais peut-être n’aviez-vous jamais entendu parler du trotskisme dans sa glorification d’un homme communiste du futur technicisé à l’extrême ?

L’idéologie technicienne trotskiste, d’héritage prométhéen, a dans un premier temps pour conception du progrès de l’homme la maîtrise toujours plus grande de sa nature grâce à sa volonté et son imagination. Sa raison ne doit connaître de limites. Par elle, il doit se montrer en mesure de réaliser des travaux herculéens et de haute précision technique pour faire plier son environnement à ses besoins.

Dans Littérature et Révolution de 1924, Léon Trotski décrit de façon un brin lyrique ses fantasmes les plus fous à l’égard de l’humanité future, capable d’explorer extensivement ses aptitudes par l’aide de la machine:

« L’homme socialiste maitrisera la nature entière, y compris ses faisans et ses esturgeons, au moyen de la machine. Il désignera les lieux où les montagnes doivent être abattues, changera le cours des rivières et emprisonnera les océans.[…] La besogne fastidieuse de nourrir et d’élever les enfants sera ôtée à la famille par l’initiative sociale. La femme émergera enfin de son semi-esclavage. »

Comme ces lignes le font transparaître, L. Trotski comprend bien qu’une réforme complète de la nature de l’homme entraîne une remise en cause profonde des structures sociales auxquelles celui-ci s’est habitué. Par la technicisation de l’homme, ce dernier pourra aussi s’affranchir des inégalités sociales. Troski, en proposant aux familles de déléguer à l’initiative sociale le soin d’élever leurs enfants à leur place, veut par là-même mettre fin à une des structures sociales clefs pour pérenniser les inégalités entre hommes. Élevés d’une manière égale par la communauté, ces enfants pourront bénéficier d’une éducation et de moyens égaux pour se développer. La femme ayant encore dans la première moitié du XIXe siècle pour devoir familial de s’occuper des enfants, cette prise en charge effectuée par la communauté permettra par conséquent de l’affranchir. Par la mise en valeur des biens de l’environnement à l’aide de la machine et leur mise à disposition commune effectuée par la collectivité, l’utopie de l’égalisation véhiculée par le communisme se voit facilité par la technicisation de la société. Cette technique cherchée par l’homme ne s’applique pas seulement à sa faculté de pouvoir récolter des ressources et mieux les distribuer, mais permet de comprendre avec une meilleure acuité la nature de l’homme, ce que sa cognition présente ne lui autorise encore.

« L’homme s’efforcera de maitriser d’abord les processus semi-conscients, puis les processus inconscients de son organisme.[…] L’homo sapiens, maintenant figé, se traitera lui-même comme objet des méthodes les plus complexes de la sélection artificielle et des exercices psychologiques. Le genre humain n’aura pas cessé de ramper à quatre pattes devant Dieu, le Tsar et le Capital pour se soumettre ensuite humblement aux lois obscures de l’hérédité et d’une sélection sexuelle aveugle. […] Par là, il se haussera à un niveau plus élevé et créera un type biologique et social supérieur, un surhomme, si vous voulez. […]L’homme deviendra incommensurablement plus fort, plus sage et plus subtil; son corps deviendra plus harmonieux, ses mouvements mieux rythmés, sa voix plus mélodieuse. Les formes de la vie deviendront dynamiquement belles. L’homme moyen s’élèvera à la hauteur d’un Aristote, d’un Goethe, d’un Marx. Et sur cette crête, de nouveaux pics s’élèveront ».

Que l’homme devienne son propre dieu, tel est le but affiché par Trotski. Il confirme ouvertement à travers ces lignes son utopisme quant aux possibilités offertes par la technique à l’homme de demain. Faire de chacun de nous un Goethe, un « surhomme », telle est l’ambition affichée par Trotski. Grâce au développement de nouvelles sciences, l’homme sera en capacité de révéler les facteurs de son déterminisme, autant biologique qu’ontologique, pour l’orienter selon ses souhaits. Il sera tellement lucide qu’il ne pourra plus jamais tomber sous la tutelle d’un quelconque dieu ou maître. L’auteur ne révèle pas en revanche le sort qui sera réservé à son idéologie si les capacités cognitives de cette descendance magnifiée la considère comme obsolète et dogmatiquement asphyxiante.

Comme beaucoup d’autres auteurs ayant composé sur ces mêmes questions, Troski ne peux s’empêcher de reconnaître la pauvreté de ses prévisions pour l’homme du futur au vu de ses facultés intellectuelles du moment qui agissent encore comme un voile de compréhension. Plutôt que de fixer les moyens et les finalités précises qui soutiennent ce projet, ce descriptif très romancé de l’homme communiste de demain s’avère ne relever au final que d’éléments de propagande gravitant autour de son idéologie communiste de base et qui ne nécessitent de justification de sa part. Après tout, le XXe siècle ayant été bien incapable à concrétiser les rêves formulés par l’auteur, c’est à se demander si l’homme ne ferait pas exprès de procrastiner dans ce projet de se techniciser à tout prix.

La technologie médicale sait aussi faire peau neuve.

In Uncategorized on mars 2, 2011 at 12:45

Chers amis lecteurs, n’ayant jamais douté de votre sagacité, laissez moi vous poser une question : quel est le point commun entre un pistolet à peinture et une imprimante ? Un indice : vous pourrez peut-être voir ces deux objets dans votre hôpital de demain. Enfin, des versions modifiées de ces appareils qui représentent deux solutions innovantes pour la médecine régénérative cutanée. Petite introduction.

Le pistolet pulvérisateur de cellules souches est sorti tout droit de l’imaginaire d’un professeur de l’Institut McGowan pour la médecine régénérative à Pittsburg, Jörg  C. Gerlach (lequel reprend d’ailleurs assez bien le cliché du scientifique-fou : cf. vidéo de présentation ci-dessous). Aidé par son équipe, il commença à mettre au point cette technique à partir de 2008, celle-ci mettant environ deux années pour s’avérer pleinement opérationnelle. Depuis, plus d’une douzaine de patients plus ou moins gravement brûlés ont été soignés avec succès par cet appareil en battant des records de vitesse pour régénérer la peau meurtrie. Comment tout cela fonctionne ?

Il faut rappeler que jusqu’à présent, les brûlures sont généralement traitées par des greffes de peau, ce qui implique de prendre des morceaux de peau à partir de pièces intactes du corps du patient, ou bien de mettre en culture des feuilles de peau artificielle, et de les greffer sur l’endroit brûlé. Les zones ainsi traitées peuvent prendre plusieurs semaines voire des mois à guérir, autant de temps pendant lequel le patient peut être exposé à des infections, la peau étant la première ligne de défense du corps contre les pathogènes.  La technique de pulvérisation pour soigner des brûlures au second degré a été conçue pour la première fois par la doctoresse australienne Fiona Wood qui dans les années 90 monta sa propre société (C3) pour commercialiser sa méthode du « jet sur la peau » de cellules préalablement mises en culture. Ce procédé refit parler de lui en 2002 lors des attentats de Bali en permettant de sauver la vie de nombreuses victimes. Cependant, l’invention du docteur Gerlach amène la régénération cutanée à un tout autre niveau. En isolant à partir des parties saines de la peau des cellules souches, qu’il mélange à une solution, puis sous contrôle d’un ordinateur, pulvérise sur la peau brûlée, la méthode s’avère on ne peut plus fiable et efficace. De la biopsie à la pulvérisation, seulement 90 minutes se sont écoulées environ, et à partir de là, ce n’est qu’une question de quelques jours pour que la peau soit régénérée.

Il semble pourtant que du côté du Centre Wake Forest pour la médecine régénérative, cette invention du pistolet pulvérisateur n’ait pas fait la meilleure impression.  Cette dernière fut plutôt réservée  à une « imprimante », laquelle munie d’un laser, joue  la carte de la précision absolue. Comme l’explique un des membres de l’équipe à l’origine de cette création : « Un laser parcourt d’abord la plaie, de sorte qu’une carte peut être créée pour diriger l’imprimante précisément sur la place de chaque type de cellule« . Pour l’anecdote, « l’imprimante-peau » est financée en partie par le ministère de la Défense américain qui espère emporter un jour cette technologie médicale sur le terrain militaire afin de soigner plus efficacement les troupes blessées. Néanmoins, l’équipe scientifique affirme qu’il faudra encore quelques années pour que cette idée soit concrétisée, l’imprimante étant encore testée pour le moment sur des souris.

Ces exemples de biotechnologies futuristes nous rappellent que l’innovation repose souvent sur une utilisation nouvelle de produits connus de tous. La médecine régénérative se transforme à toute allure de nos jours, c’est un fait, encore faudra-t-il savoir pour qui ? Ces objets étant présentés à l’état de prototypes, on ne connaît pour l’instant les intentions de commercialisation de leurs concepteurs, encore moins la fourchette de prix. Ce que vendent surtout ces hommes pour l’instant c’est du rêve, l’accès à ces nouvelles techniques en France restant illusoire. Mais savoir leur réalisation technique possible devrait davantage inspirer notre recherche nationale n’étant pas si à la traîne que cela sur ce sujet, et faire pression sur les autorités publiques pour qu’elles mettent autant que possible à la disposition du patient ce que la science offre de meilleur.

 

Lien : Vidéo de présentation du pistolet pulvérisateur réalisée par la chaîne National Geographic.

Faut-il légaliser l’euthanasie en France ? Le Sénat rouvre le débat.

In Uncategorized on janvier 20, 2011 at 12:13


A ses origines, rappelons que le terme d’euthanasie avait une connotation méliorative. Étymologiquement, ce mot est formé du grec par le préfixe eu, « bien », et du nom commun thanatos, « mort »  et il signifie donc bonne mort, ou dit autrement, la mort dans de bonnes conditions.

Dans son célèbre livre, Du progrès et de la promotion des savoirs (1605), le philosophe anglais du XVIIe siècle, Francis Bacon, réputé père du néologisme, en avait la vision suivante :

« [Les médecins] s’ils étaient jaloux de ne point manquer à leur devoir, ni par conséquent à l’humanité, et même d’apprendre leur art plus à fond, ils n’épargneraient aucun soin pour aider les agonisants à sortir de ce monde avec plus de douceur et de facilité ». Bacon entrevoit l’euthanasie comme une option tout à fait compatible avec la « dignité humaine » (quel concept formidablement malléable n’est-ce pas ?), voire même enrichit cette notion en l’actualisant. Pour le philosophe, dans les situations désespérées pour le malade, l’euthanasie est un devoir, un acte de compassion du médecin à l’égard du patient à une période où des possibilités comme l’application de soins palliatifs n’existaient pas encore.

Il n’est en rien étonnant que les propos baconiens d’alors puissent choquer le lecteur contemporain, car entre-temps c’est bien la vision même de l’euthanasie en société qui s’est ternie par l’histoire. Quelles interrogations peut-on tirer de ce fait sur le texte proposé au Sénat relatif à l’euthanasie (ou sa version novlangue 2011 qui passe quand même bien mieux, « l’aide médicalisée pour mourir ») ?

Problème n°1 : Tandis qu’en société française le suicide est dépénalisé, de quel droit le refuser à une personne n’ayant les moyens de le faire ? Après tout, si un citoyen français libre de ses choix, à partir du moment où ils ne portent préjudice direct à autrui, se retrouve atteint d’une maladie incurable et en proie à d’extrêmes souffrances autant physiques que morales, revendique son droit à choisir sa mort comme tout autre citoyen en possession de ses moyens, qui serions-nous pour contrevenir à sa volonté ? Ces questions sont volontairement biaisées et rappelle bien le nœud de la guerre pour les questions d’euthanasie, qui est la légitimité de la parole d’un patient informé de sa condition. Bien entendu, le respect de la volonté du patient est toujours de mise pour le médecin comme en témoigne un extrait du Code de Déontologie Médicale (CDM):

Article 36 (article R.4127-36 du code de la santé publique)

Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas.

Lorsque le malade, en état d’exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences.

Si le malade est hors d’état d’exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité.

Cependant, lorsqu’un patient, atteint de maladie incurable ou dans une situation critique à la suite d’un accident, réclame le droit à une « bonne mort », alors que les soins palliatifs existent, le médecin ne peut s’empêcher de regretter l’influence de la détresse morale du patient sur sa décision, tandis qu’un espoir (même infinitésimal) de s’en sortir existe toujours. En cela il n’est pas étonnant d’avoir à l’alinéa 3 de l’article 2 de la proposition de loi l’exigence de la part du patient du « caractère libre, éclairé et réfléchi de sa demande ». Plus facile à déterminer de manière abstraite que dans les faits… En pratique de même, une grande responsabilité repose dans le processus de formation de cette décision sur la clarté et précision de l’information délivrée par le praticien quant à la situation du patient.

Problème n°2 :Imaginons à présent qu’après moult constats d’une demande réitérée du patient à mourir, que cette décision soit prise librement et lucidement, qu’il est certain que les soins palliatifs n’auront aucun effet sur la condition du patient, comment encore concilier la liberté d’autodétermination du patient et les impératifs déontologiques du personnel médical ?

Rappelons le CDM :

Article 38 (article R.4127-38 du code de la santé publique)

Le médecin doit accompagner le mourant jusqu’à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage.

Il n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort.


Or, l’administration d’un produit létal par le praticien remet lourdement en cause, il faut le reconnaître, le rapport « traditionnel » du médecin vis-à-vis de son patient. Plus problématique selon moi est le fait que l’article 6 de la proposition de loi autorise le refus pour un praticien de pratiquer l’euthanasie sur un patient, et « dans ce cas, le médecin est tenu de l’orienter immédiatement vers un autre praticien susceptible de déférer à sa demande ». Sous couvert de vouloir protéger la liberté de conscience particulière du médecin, ne serait-ce pas là plus gravement introduire une moralité à géométrie variable au sein de l’ordre médical ?

D’autres doutes subsistent sur la bonne mise en application d’autres clauses mentionnées dans la proposition de loi :

-Article 3 : il est avancé que toute personne majeure peut être en mesure de rédiger des « directives anticipées » relatives à la fin de sa vie. Ici, un problème de pédagogie autour de cette clause persiste : vous imaginez-vous rédiger dans un état de santé correct des directives hypothétiques pour le futur prévoyant votre euthanasie ?

-Article 4, alinéa 4: la reconnaissance des deux témoins « n’ayant aucun intérêt matériel ou moral » à voir le patient décédé me semble être une démarche manquant de légitimité du fait de sa facilité à être manipulée.

-Article 5, alinéa 4 : « Est réputée décédée de mort naturelle en ce qui concerne les contrats où elle était partie la personne dont la mort résulte d’une assistance médicalisée pour mourir ». En comprenant les finalités légales de cette clause elle reste difficilement contestable. Néanmoins, quelles conséquences morales pour les proches qui, ayant contesté la démarche d’euthanasie, considèrent justement cette dernière comme l’obstacle décisif ayant privé toute chance d’une « réelle » mort naturelle ? L’ajout d’une mention précisant l’utilisation de l’aide médicalisée pour mourir serait-elle une solution suffisante pour calmer les consciences ?

Ainsi, je ne suis pas opposé aux velléités qui sous-tendent cette proposition de loi qui a le mérite de réactiver le questionnement de nos valeurs françaises contemporaines quant à la dynamique biopoliticienne évoquée par l’euthanasie de nos jours. Comme un des défenseurs de la proposition de loi l’indiquait en filigrane récemment sur France Info, l’option donnée aux citoyens de l’euthanasie est-elle un marqueur certain d’avancée civilisationnelle ? Qu’en est-il des craintes soulevées par nombre d’associations luttant pour le droit à la vie qui appréhendent les conséquences d’une certaine marginalisation des soins palliatifs si cette proposition était appliquée par rapport au système en vigueur (loi du 22 avril 2005) ?

Trop de questionnements peut-être sur une proposition de loi qui est encore loin d’avoir la côte, une majorité de l’UMP semblant pour l’instant défavorable à l’adoption du texte. Réponse définitive alors à partir du 25 janvier prochain.

Pour conclure sur une note optimiste, il reste à se demander si dans 20 ans par exemple, au vu du développement des performances en technologie médicale, ces problématiques se poseront avec autant d’acuité. Pourquoi tant d’insistance de ma part à travers mes différents billets sur les promesses qu’incarnent les cellules souches à votre avis ?

Google vous connaît bien mieux que vous le croyez…

In Uncategorized on janvier 3, 2011 at 12:43


Parce que chaque début d’année symbolise le renouveau, quoi de mieux que de mettre à l’honneur une entreprise ayant toujours su renaître pour surprendre. Je voudrais vous présenter aujourd’hui en effet un lien qui commence à créer du buzz sur la toile, tout le mérite revenant encore une fois à la firme aux longues dents, Google.

Prenez Google Maps utilisé pour parcourir cette fois-ci le corps humain dans tous ses détails, et vous obtiendrez le dernier produit de Google Labs, « Google Body« . Étiquetage des organes, artères, parties cérébrales, gestion du niveau de transparence, rotation à 360°, tout y est pour que l’internaute curieux puisse explorer le corps humain sous tous les angles. J’ai une petite pensée aux étudiants en médecine pour qui « s’amuser » avec ce nouvel instrument en 3D ajoutera plus de réalisme à leurs bonnes vieilles coupes anatomiques figurant dans leurs ouvrages d’études (bientôt désuets ?).

Après la création de « Google Health », le service d’archivage de dossiers médicaux mis à la disposition des internautes américains en mars 2008, la société confirme ainsi sa volonté de révolutionner à sa manière le champ de la médecine. Alors non, ce nouvel outil mis en ligne par Google ne constitue pas un bouleversement pour la recherche biomédicale, néanmoins cette orientation de la compagnie représente une bonne nouvelle pour la démocratisation de la science via Internet. Imaginez si un jour Google, avec sa force de frappe, et sa technique commerciale de se mettre constamment dans la perspective du consommateur, décidait résolument de s’investir dans les biotechnologies, à quel point l’approche de ce domaine pourrait être impactée ! A l’aube d’une nouvelle année, d’une nouvelle décennie, restons rêveurs…

Le lien en question>>>>>>> Google Body.

La commission Obama sur la bioéthique donne son feu vert à la recherche en biologie synthétique.

In Uncategorized on décembre 18, 2010 at 4:11

La commission de bioéthique qui conseille les choix du gouvernement américain dans ce domaine, et qui a été créée à l’initiative du président Obama au début de son mandat, vient de rendre public une décision très intéressante pour la recherche cellulaire. Sa position est de dire qu’il n’est nullement nécessaire d’appliquer des méthodes de régulation spécifiques ou même de faire cesser ce champ de recherche embryonnaire, qui reste pourtant très controversé auprès des bioéthiciens du fait des possibilités illimitées de façonnement du vivant qu’il permettrait si poussé à bout.

Justement ce rapport de la commission gouvernementale souligne justement le fait que cette recherche manque de maturité pour être explicitement porteuse de risques. Ce n’est pas pour autant que ses membres ont donné carte blanche aux scientifiques pour effectuer toutes les sortes de recherches leur passant par la tête. En effet, ils appellent ainsi dans ce rapport non seulement à la modération des biologistes synthétiques ainsi qu’à l’instauration de meilleurs mesures de transparence et de contrôle sur leurs recherches.

« La commission pense qu’il est imprudent soit de déclarer un moratoire sur la biologie synthétique jusqu’à ce que tous les risques puissent être déterminés et atténués, soit de simplement ‘laisser la science faire n’importe quoi’, peu importe les risques possibles ».

Si le travail des biologistes synthétique inquiète autant ces derniers temps, c’est qu’il consiste en partie à coder et manipuler de l’ADN afin de créer des nouveaux organismes avec des fonctionnalités décidées par avance. Un des biologistes des plus connus dans ce domaine, si c’est pour n’en citer qu’un, est le médiatique J.Craig Venter, connu notamment pour avoir concurrencé à la fin des années 90 avec son entreprise Celera Genomics, la Human Genome Organisation dans le séquençage du génome humain. En 2010, il avait réussi avec son équipe à synthétiser une bactérie appelée Mycoplasma mycoides JCVI-syn1.0, le tout n’étant pas encore à 100% une création « artificielle » car utilisant l’enveloppe biologique d’une autre bactérie.

Les applications de cette recherche ne sont déjà plus chimériques car se retrouvent dans des domaines aussi différents que la manufacture de médicaments contre le malaria ou encore dans la production de biocarburants. Ce n’est donc que l’aurore de la biologie synthétique, et les perspectives économiques sont gargantuesques.

Ce discours libéral mais pas trop vis-à-vis de la biologie synthétique me plaît bien du côté américain, le gouvernement ayant compris que pousser la recherche fondamentale à porter ses fruits tout en prônant l’autorégulation et la transparence est loin d’être contradictoire. Le mot du président américain (présent sur le site de la commission) à ce sujet est éloquent :

« Alors que notre nation investit dans la science et l’innovation tout en poursuivant des avancées dans la recherche biomédicale et les services de santé, il est impératif que nous le fassions d’une manière responsable. »

Cette prise de risques contrôlés par le gouvernement américain quant aux nouvelles promesses de la biologie de pointe a encore du mal à passer de l’autre côté de l’Atlantique où selon moi plus de pédagogie autour de ces axes de recherche du futur serait souhaitable. Le politique peut prendre le rôle de la conscience de la science, mais doit laisser le temps que cette dernière s’exprime avant de l’étouffer comme c’est le cas en France. Avant le vote de la nouvelle loi de bioéthique prévu début 2011, ce message américain vaut la peine d’être considéré en l’étalonnant à la situation française.

L’élixir de vie made in Kazakhstan

In Uncategorized on décembre 12, 2010 at 8:03

En octobre dernier, un délégué à l’Assemblée du peuple kazakhe avance de façon tout à fait désintéressée que le président de la République en fonction, Nursultan Nazarbayev, devrait conserver son poste au moins jusqu’en 2020 (prédiction raisonnable sachant que ce dernier est déjà au pouvoir depuis 19 ans). Celui-ci bien entendu présent (pas vraiment le même modèle que dans notre Ve République française), répondit de manière quelque peu déroutante : « Peut-être, si vous me trouvez un élixir de jeunesse et d’énergie […] je suis partant pour continuer jusqu’en 2020, trouvez-moi seulement un élixir ! ».

Bien sûr à ce point de l’histoire, vous appréciez le fait qu’au moins ce régime autoritaire détienne un chef qui ne manque pas d’humour…et bien pas de chance, ce n’était pas vraiment une blague.

Le leader charismatique de 70 ans semble avoir pris dans les terres kazakhes un tel goût à la vie, qu’il escompte à présent sérieusement la prolonger le plus longtemps possible. Insistant progressivement sur ce sujet ces dernières années, il semble avoir pris récemment un tournant politique affirmé en annonçant ainsi l’ouverture d’un nouveau centre de recherches dans la capitale du pays, Astana, qui devrait se concentrer sur le rajeunissement des organismes, le génome humain et la production de tissus humains. Outre son intéressement personnel qu’il n’a pris la peine de dissimuler, il légitime la mise en application de cette nouvelle politique scientifique d’un manière plutôt intrigante :

«Médecine anti-âge, rajeunissement naturel, immortalité. C’est ce sur quoi nous devons nous concentrer aujourd’hui. Ceux qui le font sont les pays les plus prospères du monde ceux qui ne le font pas resteront toujours sur le bas-côté »

Il est amusant en effet de constater cette position baconienne du président. La qualité de vie sur le terrain de ses habitants n’est plus pour lui un marqueur évident de réussite de sa politique, mais il faut selon lui, que des avancées scientifiques reluisantes le prouvent à l’ensemble de la planète. Le défi risque cependant d’être difficile à relever. Cela fait au moins une vingtaine d’années que ce genre de recherches de pointe a déjà lieu, une éternité qu’elle alimente l’imaginaire collectif : autant dire que Nazarbayev ne fait pas figure de prophète en la matière et assume un retard crucial. Imaginez alors la force de frappe du budget kazakh pour booster cette recherche, l’absence de scientifiques aptes à mener pour l’instant des recherches hautement spécifiques dans les laboratoires kazaks, et une coopération scientifique limitée à l’international. Voilà, vous avez maintenant compris l’ampleur du défi !

Bien sûr, on s’imagine bien que la majorité des kazakhs préféreraient voir les crédits alloués à cette recherche audacieuse pour satisfaire peut-être des besoins plus pratiques. Même si un miracle survient, que le Kazakhstan devienne le premier pays à découvrir le moyen de ne plus vieillir, le paysan lambda se rend bien compte qu’il ne pourra jamais de son vivant accéder à cette biotechnologie. Mais s’occuper d’un peuple en politique, c’est savoir aussi le suspendre à des promesses. Alors si le peuple kazakh ne boira sûrement jamais un élixir de vie du pays, comment totalement tourner en dérision cette politique du président si elle permet à ce dernier d’être abreuvé d’espoirs ?

Dans le rétro : des scientifiques à l’aide de la vie sexuelle des lapins

In Dans le rétro on décembre 2, 2010 at 11:14

Un sujet qui ne fut pas encore abordé et qui suscitera peut-être plus de réactions que d’habitude (surtout parmi les hommes) : l’utilisation des biotechnologies à des fins esthétiques. Cette note me fut inspirée par les travaux de l’Institut de médecine régénérative de l’université de Wake Forest (Caroline du Nord, Etats-Unis). En novembre 2009, l’équipe du docteur Anthony Atala publiait le bilan de ses recherches qui portaient à ce moment-là sur la meilleure manière de reconstruire les parties endommagées de…pénis de lapin! A la lumière de ce qui peut se faire fin 2010, son mode opératoire pouvait sembler un peu artisanal mais a su prouver son efficacité. Son équipe prenait des cellules Son équipe a tout d’abord mis en culture les cellules qui suivent les vaisseaux sanguins (cellules musculaires et cellules endothéliales), puis les ont placés sur un cadre de collagène ayant exactement la forme que le « corpus cavernosa » (structure première du pénis) du lapin. Après avoir plongé le tout dans un cocktail permettant la multiplication des cellules, puis mis en couveuse à température interne du lapin, il refixèrent l’ensemble sur le lapin handicapé. Or miracle, la greffe prit parfaitement. Les lapins qui furent opérés n’ont eu par la suite pour les chercheurs aucune difficulté érectile et ont même été jugés par ceux-là comme plus « portés sur la chose » que les lapins du groupe de contrôle.

Malgré tout l’amour que ces chercheurs pouvaient porter à ces animaux, ils avaient bien entendu à l’esprit par cette expérience des ambitions bien plus larges que libérer de malheureux lapins de leurs frustrations sexuelles. Alors oui, cette médecine générative trouverait sa cible pour réparer soit les malformations de naissance chez l’homme, soit les endommagements ultérieurs de tout ou une partie de la verge consécutifs à des maladies ou même des accidents : je n’ai pas les statistiques malheureusement mais vous pouvez bien vous douter que ces cas ne sont pas légions dans une population donnée. Cependant, parce que la science est en quelque sorte au service des sociétés, elle doit aussi en subir parfois ses sauts d’humeur. Ainsi, les premiers à avoir témoigner un intérêt réel à ces résultats furent des lobbies de chirurgie esthétique. Ceux-là mêmes qui constatent une inflation dans les cabinets des praticiens du nombre de consultations d’hommes complexés voulant se faire allonger la taille de leur signe de virilité par excellence, lorgnent toujours bien évidemment de l’œil de nouveaux moyens pour combler ces demandes de manière plus efficace et plus sécurisante. Principalement à cause de la technicité de la méthode, cette découverte n’est pas encore prête de tomber entre les mains des chirurgiens esthétiques pour l’instant, mais la question s’est posée clairement : faut-il orienter l’innovation biotechnologique pour des finalités d’ordre esthétique ?

Autant je ne suis pas totalement contre le fait que la recherche en biologie cellulaire puisse trouver dans sa sérendipité des fins esthétiques, autant je considère que financer la recherche en ayant explicitement ce but à l’esprit la fourvoie gravement. Or en l’occurrence, les chercheurs du cas étudié ont un peu joué à brouiller les pistes. A mon avis, si la recherche en biomédecine commençait à avoir purement des velléités de correction esthétique, elle manquerait à chaque fois sa cible. Soigner le corps de l’homme et dans le meilleur cas lui épargner sa vie sont des marqueurs clairs pour le chercheur du progrès auquel il contribue par son travail. Maintenant, parce que l’esthétisme a trait à la psychologie humaine, orienter les fruits de la recherche dans ce domaine ne fait selon moi que déplacer le problème pour le demandeur. De même dans la pratique, accepteriez-vous messieurs de vous faire disséquer vous voire rajouter une prothèse biologique dans la satisfaction illusoire de votre ego ? Rien n’est moins sûr dans l’état actuel des choses. Le réflexe d’appeler la science au secours en cas d’insatisfaction humaine ne doit pas être automatique, et je ne suis pas de ceux qui croient que les névroses sociales ont besoin de celle-ci pour se résorber.

Crédits image : PNAS

Dans le rétro – Les leçons de H.Jonas et J.Rostand

In Dans le rétro on novembre 20, 2010 at 11:14

Alors que dans les années 1970, le champ de la bio-médecine est en ébullition aux Etats-Unis et dans son pays natal, l’Allemagne, Hans Jonas pose « le Principe Responsabilité » (dans un livre du même nom de 1979). Il suppose que l’idéal baconien qui vise à orienter le savoir vers la domination de la nature et à utiliser cette domination pour l’amélioration du sort humain est, en raison même de son succès, porteur d’une « menace de malheur ». Le paradoxe repose dans le fait que le pouvoir sur la nature conféré à l’homme par le savoir finit par lui interdire toute « maîtrise de sa maîtrise ».

« Le paradoxe non entrevu par Bacon, consiste en ceci que sans doute il a conduit à quelque chose comme une ‘domination’ sur la nature (c’est-à-dire à son exploitation accrue) mais qu’en même temps il a conduit à la soumission la plus complète à lui-même. » Jonas définit alors l’éthique du futur comme « une éthique d’aujourd’hui qui se soucie de l’avenir et entend le protéger pour nos descendants des conséquences de son action présente ». On définit souvent l’éthique comme le respect de principes chers à notre temps, mais Jonas nous invite quant à lui à questionner chacun de nos choix en fonction de ses répercussions sur le monde de nos enfants. Si on prend l’exemple du clonage reproductif: comment expliquer que la frustration de parents puisse justifier l’imposition d’un mode de vie fortement aliénant pour leur « progéniture »?  C’est ainsi que selon moi Jonas revendique son attachement aux principes humanistes de notre temps qui nous déterminent et fondent une liberté de type kantienne, en s’effrayant des dévastes identitaires que pourraient produire l’application des sciences à « l’amélioration » de l’homme. La question reste alors de savoir pour Jonas à quel point la science nous permet-elle à la fois de satisfaire nos besoins pratiques et notre émancipation morale en garantissant au minimum ces mêmes conditions de vie pour les générations futures? Les limites du raisonnement de Jonas se révèlent alors dans l’absence de distance morale de notre monde actuel sur lui-même : qui sommes-nous après tout pour priver nos enfants de se construire une moralité aux antipodes de la nôtre ? C’est pourquoi pour moi, le principe fichtéen d’être indéterminé prévaut et que l’homme reste toujours conscient que la liberté qui en découle n’est servile que de sa volonté. Je voudrais ainsi rappeler les dires du biologiste et philosophe Jean Rostand très lucide sur ce sujet dans L’eugénique de 1953:

« Si l’humanité se trouvait aux mains d’un être supérieur qui n’en sût pas plus long qu’elle en fait de génétique, mais qui eût profit à la faire évoluer, elle ne tarderait pas à marquer de sensibles progrès. La question n’est donc pas aujourd’hui de savoir et de pouvoir; elle serait de vouloir et oser… »

Aujourd’hui les technologies qui permettent de faire sensiblement évoluer la condition humaine se trouvent déjà à notre disposition. Ce qui demeure encore et toujours inconnu, c’est bien la manière d’accorder les volontés particulières pour orienter l’humanité vers un avenir qui s’assume.