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Dans le rétro : Francis Galton et l’eugénisme.

In Dans le rétro on juillet 10, 2011 at 11:14

Représentation utilisée lors de la Deuxième conférence internationale sur l'eugénisme de 1921.

Bonjour à tous !

La fin de l’examen du projet de loi bioéthique m’a permis de faire une pause dans cette forte actualité française pour la bioéthique, laquelle a pas mal été commentée (critiquée) par les médias spécialisés à l’étranger. Changeons alors un peu d’horizon, mais pas trop non plus en parlant d’eugénisme. Tandis que pendant la révision des lois de bioéthique, le terme fut plus d’une fois avancé dans les débats, par le lobby chrétien par exemple qui craignait les conséquences d’une systématisation des DPN-DPI, j’ai pensé qu’il était utile de refaire un modeste point historique sur l’apparition de la notion.

On reconnaît la paternité de l’eugénisme dans sa terminologie actuelle au Britannique Francis Galton (1822-1911), cousin de Charles Darwin. C’est en effet dans un de ses écrits de 1883 (Inquiries into Human Faculty and its Development) qu’il utilise pour la première ce terme d ‘ « eugénisme » qui signifie étymologiquement « bien naître ». Galton, saisi par la théorie évolutionniste de son cousin, en sortit convaincu que l’homme devait continuer la sélection naturelle par l’utilisation du savoir scientifique. Il était convaincu que les grands hommes se formaient de manière héréditaire, et que si la Grande Bretagne voulait renforcer son statut de puissance hégémonique du XIXe siècle, elle aurait besoin d’élargir la base de cette engeance. Réinterprétant à la lettre les propos hygiénistes de Cabanis, il décide de sélectionner des lignées d’êtres humains remarquables à la manière de la sélection animale. Pour ce faire, aidé de certains de ses collègues scientifiques comme Pearson, il procédera à des études physio-psychologiques afin de classifier typologiquement les êtres humains. Il fonde pour ce faire une école de biométrie qui consiste à effectuer le plus de tests possible, à prendre toutes sortes de mesures sur des sujets, afin de faire ressortir les déterminants systématiques de l’intelligence, de la santé, etc. Il mit d’ailleurs à ce moment là au point le procédé de « photographie composite » qui consistait en une juxtaposition de photographies de personnes partageant un trait commun afin de constituer in fine un portrait type. Ce progrès technique devant constituer selon lui la clef de reconnaissance de l’élite future de la Grande Bretagne, cette prouesse technique servira de base un siècle plus tard environ à un tout autre type de progrès, le progrès sécuritaire. En effet, l’idée de la photographie composite est ainsi reprise de nos jours dans les logiciels permettant de générer des portraits-robots ainsi que dans les logiciels de reconnaissance faciale.

Au final, le progrès eugéniste pousse à un extrême les théories prométhéenne, hygiéniste, nationaliste. Pour pérenniser voire approfondir la puissance britannique, il lui sembla nécessaire que le scientifique applique des techniques quantitative et qualitative sur le vivant pour repérer plus efficacement les talents futurs. Il préconise de même des mariages sélectifs, afin d’homogénéiser la transmission héréditaire de gènes entre familles d’élites sociales, processus qu’il nomme « virologie ». C’est le règne de l’utilitarisme social sans scrupule, ayant pour noyau dur la priorité de former plus d’élites, pas vraiment par l’éducation comme ce fut le cas avec les idéaux républicains français, mais par la sélection génétique. Mourant en 1911, il ne systématisera toutefois jusqu’au bout ses plans pour la nation britannique. Pourtant, dès l’année suivante une société ethnographique de Munich reprendra ses travaux comme base de réflexion à la reconnaissance d’une race aryenne. Cette société deviendra l’Ordre de Thulé et servira de même quant à elle de base d’inspiration directe aux théories aryennes développées au cours du IIIe Reich, ère de déploiement de logiques eugéniques dévastatrices.