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Comprendre le vivant dans son intimité : les défis posés par la biologie synthétique.

In Uncategorized on avril 25, 2011 at 10:08

Combinant les principes d’ingénierie et de biologie, la biologie synthétique ouvre la voie de la déconstruction/reconstruction de nouveaux systèmes biologiques. Bien que la naissance de ce domaine scientifique soit assez récente, le premier congrès officiel spécifique s’étant déroulé en 2004 au MIT, certains scientifiques  du XXe siècle avaient déjà entrevu ce qui se trouve au fondement même de la biologie synthétique aujourd’hui : la compréhension la plus poussée qui soit des mécanismes du vivant. Le biologiste français Stéphane Leduc, dans son ouvrage de 1912 La biologie synthétique, parlait justement d’une « science synthétique » lorsque la structure des objets d’analyse était entièrement mise à nu et qu’il devient possible pour le scientifique de recréer un objet identique, voire même modifié. Il n’est pas surprenant alors qu’en 2009 les équipes américaines de J. Craig Venter, se trouvant à la pointe de ce domaine, avaient malicieusement codé comme une citation du physicien Richard Feynman à l’intérieur d’un génome synthétique transplanté dans une enveloppe de levure : « Ce que je ne peux pas créer, je ne le comprends pas » (l’anecdote racontée ici avec plus de détails par le Dr Venter en personne).  À l’instar de cette figure emblématique de la génétique, des entreprises privées se développent dans ce champ aux Etats-Unis, encouragées récemment par le gouvernement américain. En effet, au mois de décembre dernier, la Commission présidentielle américaine sur la bioéthique avait publié un rapport autorisant ces recherches sur le territoire national, considérant que les risques posés par ce domaine n’étaient encore tangibles et appelant pour le moment à ce que les scientifiques soient transparents et raisonnables dans leurs travaux. Si l’administration américaine est sensible à l’évolution du domaine, qu’en est-il en France ?

A ma connaissance , aucune loi ne mentionne la biologie synthétique et ne pose des limites éthiques à sa manipulation (ce n’était même pas le cas dans l’étude d’impact du projet de loi sur la bioéthique). Cela prouve une certaine nonchalance politique française à développer ce domaine en encadrant ses risques potentiels. Le scientifique-fou a encore de beaux jours devant lui par conséquent s’il prend à la lettre l’article 5 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 de valeur constitutionnelle : « La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. »

Alors oui, la France est en net retard sur le champ de la biologie synthétique par rapport à son homologue américain. Pourtant, il faut se méfier des faux effets d’avance, surtout dans un domaine qui a su développer très tôt une culture de l’opensource. Le chercheur américain du MIT, Tom Knight, a alors participé dans le début des années 2000 au développement des BioBricks (Briques du vivant), son idée étant avec d’autres chercheurs (comme Drew Andy , ou encore Christopher Voigt) de standardiser à la manière de l’ingénierie toute construction biologique. Les biobricks sont donc constituées de séquences d’ADN de structure et fonction définies, dont l’assemblage permettrait de construire de nouvelles formes de vie. Les avancées effectuées par la communauté internationale, à l’aide notamment de « machines à synthétiser l’ADN » (disponibles à la vente sur eBay), sont mises en ligne dans des registres, chacun pouvant alors reprendre ses données pour repartir sur sa propre création. Dès 2003, un concours, l’IGEM (International Genetically Engineered Machine competition) encourageait les aficionados étudiants de la biologie synthétique en provenance des quatre coins de globe à venir concourir en démontrant leur imagination et leur audace dans leurs constructions. À ce propos une équipe francilienne en 2007 et une équipe de l’INSA de Lyon en 2010 ont été récompensées pour leurs travaux respectifs à ce concours, preuve que même sporadiquement les jeunes chercheurs français veulent s’investir dans ce domaine scientifique.

Il faut tout de même remarquer qu’une amorce de réflexion sur la biologie synthétique a débuté en France. En témoigne un compte-rendu d’étude de l’OPECST (Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientiques et Technologiques) de février 2011 sur le sujet. Ce compte-rendu souligne surtout l’écart séparant les applications prometteuses de cette technologie dans les domaines de l’environnement, de l’énergie, de la médecine, et les réalisations possibles aujourd’hui. Cependant, en contraste avec les Etats-Unis, aucune de stratégie spécifique n’est établie pour orienter cette recherche en France, l’heure restant encore à l’évaluation et aux discussions.

En marge de toute circonspection, des nouvelles unités de recherche consacrées à la biologie synthétique se créent dans le monde : encore discrète, cette matière sera faire parler d’elle auprès du grand public dans la décennie à venir. Lorsque la technologie synthétique sera suffisamment maîtrisée, on pourra alors imaginer à terme des possibilités d’utilisation de cellules synthétiques dans des applications thérapeutiques dépassant celles des cellules souches. C’est bien normal car dans l’absolu, les seules limites de la biologie synthétique sont l’imagination…. et bien sûr l’éthique. Mais lorsque l’imagination des scientifiques s’emballe, voici un petit aperçu de ce que pourrait devenir par exemple votre Actimel du matin au contact de cette technologie (âmes sensibles, s’abstenir de cliquer).

Une question reste de connaître quels seront les moteurs de cette recherche sur le sol national pour les années à venir, même si l’on sait que la voie de la coopération entre pays de l’UE est déjà en cours. Bien qu’un modèle public garantit un meilleur encadrement des dérives potentielles liées à cette recherche, une transposition du modèle américain serait-elle envisageable en France ? Comment envisager de toute manière de se passer du secteur privé pour ce jeune domaine en période de gels des crédits publics, et donc de ceux attribués à la recherche (c’est le cas en UE, mais ça l’est aussi outre-Atlantique) ? Enfin, à quand peut-on escompter des prises de position politiques claires sur ce domaine ?

Pour plus d’informations sur la biologie synthétique, je vous conseille ce site en français.

Le projet de loi sur la bioéthique en première lecture au Sénat : où en sommes-nous ?

In Uncategorized on avril 8, 2011 at 1:17

Depuis son passage en première lecture à l’Assemblée en février, le projet de loi sur la bioéthique a subi cette semaine plusieurs modifications de la part des sénateurs.

Maintien de l’anonymat du don de gamètes (contre l’avis de la commission aux affaires sociales reprenant l’idée de l’ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot). Cependant, les sénateurs sont revenus sur l’ouverture du don aux personnes n’ayant encore eu d’enfants qui avait été précédemment permise par l’Assemblée.

Ouverture de l’aide médicale à la procréation « à tous les couples » (donc aussi aux couples de femmes), voté contre l’avis du ministre Xavier Bertrand. Cet amendement PS/Verts compte mettre fin à la pratique du « bébé Thalys » : des couples allant en Belgique pour bénéficier de l’AMP en toute légalité.

Suppression du principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon contre l’avis du gouvernement. Succès partiel donc pour les scientifiques ayant fait pression sur les sénateurs pour mettre fin à ce régime entravant leurs recherches (cf. article sur le Dr Peschanski). Xavier Bertrand prévient : « Ce n’est pas la position du gouvernement, et ne soyez pas étonnés si le gouvernement y revient pendant les navettes » (le texte repassera en effet en deuxième lecture dans les deux chambres).

– Pour ce qui est de la gestation pour autrui, les sénateurs ont suivi les députés : la GPA ne passera pas. Ils furent confortés dans leur décision par un récent arrêt de la première Chambre civile de la Cour de Cassation qui considère cette pratique comme allant à  l’encontre « des principes essentiels du droit français« . Cette résistance des parlementaires repose principalement dans les appréhensions relatives à toute instrumentalisation du corps.

-Enfin, la technique de la congélation ultra-rapide des ovocytes, la vitrification, est avalisée par les sénateurs.

Le régime français de recherche sur l’embryon une fois de plus remis en question.

In Uncategorized on avril 1, 2011 at 11:21

Le destin de la recherche sur l’embryon bientôt entre les mains des sénateurs.

De récentes découvertes d’une équipe scientifique française  sur la dystrophie musculaire relancent le débat de la recherche sur l’embryon.

Jusqu’à présent, aucun solution fiable n’a été trouvée pour soigner la dystrophie musculaire. Ce constat est encore plus inquiétant si l’on considère qu’une de ses formes les plus courantes, la dystrophie myotonique de type 1 (ou maladie de Steinert), tend héréditairement à s’aggraver, les symptômes pouvant se manifester peu de temps après la naissance à travers des retards de développement mental par exemple.

Une équipe de chercheurs du Genopole (sorte de Silicon Valley française pour ce qui est de la recherche génétique, qui se trouve à Évry, au sud de Paris) travaillant sur cette maladie sont parvenus très récemment à identifier les mécanismes moléculaires qui peuvent être responsables de certains des symptômes de cette maladie. Pour les plus curieux, les résultats ont été publiés dans Cell Stem Cell. Mais là où l’histoire devient réellement intéressante, c’est que cette prouesse de la génétique n’a pu être effectuée que par une étude sur des lignées de cellules souches embryonnaires (ou cellules ES). Or, l’utilisation de ces cellules, à cause de la destruction d’embryons qu’elle implique, est loin d’attirer une unanimité de regards consentants dans la société française. Justement, les chercheurs à l’origine de la découverte espèrent que ces résultats permettant de faire un bond considérable dans la compréhension de la maladie, permettront d’influencer le débat politique français actuel en faveur d’une libéralisation du régime de recherche sur l’embryon. C’est en tout cas une des priorités de Marc Peschanski, directeur scientifique de l’I−Stem (unité Inserm 861) au Genopole et auteur de la publication en question.

Comme indiqué dans les précédents billets, le statut de cette recherche sur l’embryon est en cours de révision en ce moment même, alors que le nouveau projet de loi de bioéthique passera en première lecture au Sénat à partir du 5 avril. Le régime en vigueur reste une interdiction de principe accompagnée de dérogations, le tout sous le contrôle de l’Agence de Biomédecine. La commission des affaires sociales du Sénat, dans ses travaux préparatoires, considère « que le régime actuel d’interdiction assortie de dérogations fragilise la recherche française« . Elle a alors décidé d’adopter un amendement donnant la préférence à une autorisation encadrée de la recherche sur l’embryon.

De même, pour éclaircir le débat, M. Peschanski tient à avancer qu’il serait faux de croire que les cellules iPS (non destructrices d’embryons) puissent, dans l’état actuel de la recherche, représenter un parfait substitut aux cellules ES.  Il est vrai que malgré leur potentiel thérapeutique, depuis le début de l’année un nombre croissant d’articles de grandes revues internationales pointaient du doigt par ici-là des mutations délétères  imprévues après l’utilisation de cellules iPS.  Différentes solutions à partir de cette situation peuvent être envisagées. Tout d’abord, les pro-iPS  peuvent considérer que financer des projets visant à mieux anticiper ces mutations est indispensable pour le sort des thérapies de demain. Mais, le législateur peut tout aussi bien estimer plus sage de mettre ses œufs dans plusieurs paniers en développant d’autres secteurs de recherche cellulaire (comme celle sur l’embryon ou sur la biologie synthétique elle-même fortement embryonnaire en France). Il reste ainsi à suivre la manière dont les sénateurs vont dans quelques jours essayer de déminer le sujet.