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Dans le rétro : Robocop humilié par Léon Trotski.

In Dans le rétro on mars 28, 2011 at 10:05


Vous connaissez certainement les théorisations communistes du révolutionnaire russe Léon Trotski, fondateur de l’Armée rouge. Des titres d’ouvrages aussi militants que La Révolution permanente ou encore La Révolution trahie ne vous laissent pas indifférents. Mais peut-être n’aviez-vous jamais entendu parler du trotskisme dans sa glorification d’un homme communiste du futur technicisé à l’extrême ?

L’idéologie technicienne trotskiste, d’héritage prométhéen, a dans un premier temps pour conception du progrès de l’homme la maîtrise toujours plus grande de sa nature grâce à sa volonté et son imagination. Sa raison ne doit connaître de limites. Par elle, il doit se montrer en mesure de réaliser des travaux herculéens et de haute précision technique pour faire plier son environnement à ses besoins.

Dans Littérature et Révolution de 1924, Léon Trotski décrit de façon un brin lyrique ses fantasmes les plus fous à l’égard de l’humanité future, capable d’explorer extensivement ses aptitudes par l’aide de la machine:

« L’homme socialiste maitrisera la nature entière, y compris ses faisans et ses esturgeons, au moyen de la machine. Il désignera les lieux où les montagnes doivent être abattues, changera le cours des rivières et emprisonnera les océans.[…] La besogne fastidieuse de nourrir et d’élever les enfants sera ôtée à la famille par l’initiative sociale. La femme émergera enfin de son semi-esclavage. »

Comme ces lignes le font transparaître, L. Trotski comprend bien qu’une réforme complète de la nature de l’homme entraîne une remise en cause profonde des structures sociales auxquelles celui-ci s’est habitué. Par la technicisation de l’homme, ce dernier pourra aussi s’affranchir des inégalités sociales. Troski, en proposant aux familles de déléguer à l’initiative sociale le soin d’élever leurs enfants à leur place, veut par là-même mettre fin à une des structures sociales clefs pour pérenniser les inégalités entre hommes. Élevés d’une manière égale par la communauté, ces enfants pourront bénéficier d’une éducation et de moyens égaux pour se développer. La femme ayant encore dans la première moitié du XIXe siècle pour devoir familial de s’occuper des enfants, cette prise en charge effectuée par la communauté permettra par conséquent de l’affranchir. Par la mise en valeur des biens de l’environnement à l’aide de la machine et leur mise à disposition commune effectuée par la collectivité, l’utopie de l’égalisation véhiculée par le communisme se voit facilité par la technicisation de la société. Cette technique cherchée par l’homme ne s’applique pas seulement à sa faculté de pouvoir récolter des ressources et mieux les distribuer, mais permet de comprendre avec une meilleure acuité la nature de l’homme, ce que sa cognition présente ne lui autorise encore.

« L’homme s’efforcera de maitriser d’abord les processus semi-conscients, puis les processus inconscients de son organisme.[…] L’homo sapiens, maintenant figé, se traitera lui-même comme objet des méthodes les plus complexes de la sélection artificielle et des exercices psychologiques. Le genre humain n’aura pas cessé de ramper à quatre pattes devant Dieu, le Tsar et le Capital pour se soumettre ensuite humblement aux lois obscures de l’hérédité et d’une sélection sexuelle aveugle. […] Par là, il se haussera à un niveau plus élevé et créera un type biologique et social supérieur, un surhomme, si vous voulez. […]L’homme deviendra incommensurablement plus fort, plus sage et plus subtil; son corps deviendra plus harmonieux, ses mouvements mieux rythmés, sa voix plus mélodieuse. Les formes de la vie deviendront dynamiquement belles. L’homme moyen s’élèvera à la hauteur d’un Aristote, d’un Goethe, d’un Marx. Et sur cette crête, de nouveaux pics s’élèveront ».

Que l’homme devienne son propre dieu, tel est le but affiché par Trotski. Il confirme ouvertement à travers ces lignes son utopisme quant aux possibilités offertes par la technique à l’homme de demain. Faire de chacun de nous un Goethe, un « surhomme », telle est l’ambition affichée par Trotski. Grâce au développement de nouvelles sciences, l’homme sera en capacité de révéler les facteurs de son déterminisme, autant biologique qu’ontologique, pour l’orienter selon ses souhaits. Il sera tellement lucide qu’il ne pourra plus jamais tomber sous la tutelle d’un quelconque dieu ou maître. L’auteur ne révèle pas en revanche le sort qui sera réservé à son idéologie si les capacités cognitives de cette descendance magnifiée la considère comme obsolète et dogmatiquement asphyxiante.

Comme beaucoup d’autres auteurs ayant composé sur ces mêmes questions, Troski ne peux s’empêcher de reconnaître la pauvreté de ses prévisions pour l’homme du futur au vu de ses facultés intellectuelles du moment qui agissent encore comme un voile de compréhension. Plutôt que de fixer les moyens et les finalités précises qui soutiennent ce projet, ce descriptif très romancé de l’homme communiste de demain s’avère ne relever au final que d’éléments de propagande gravitant autour de son idéologie communiste de base et qui ne nécessitent de justification de sa part. Après tout, le XXe siècle ayant été bien incapable à concrétiser les rêves formulés par l’auteur, c’est à se demander si l’homme ne ferait pas exprès de procrastiner dans ce projet de se techniciser à tout prix.

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