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Dans le rétro : des scientifiques à l’aide de la vie sexuelle des lapins

In Dans le rétro on décembre 2, 2010 at 11:14

Un sujet qui ne fut pas encore abordé et qui suscitera peut-être plus de réactions que d’habitude (surtout parmi les hommes) : l’utilisation des biotechnologies à des fins esthétiques. Cette note me fut inspirée par les travaux de l’Institut de médecine régénérative de l’université de Wake Forest (Caroline du Nord, Etats-Unis). En novembre 2009, l’équipe du docteur Anthony Atala publiait le bilan de ses recherches qui portaient à ce moment-là sur la meilleure manière de reconstruire les parties endommagées de…pénis de lapin! A la lumière de ce qui peut se faire fin 2010, son mode opératoire pouvait sembler un peu artisanal mais a su prouver son efficacité. Son équipe prenait des cellules Son équipe a tout d’abord mis en culture les cellules qui suivent les vaisseaux sanguins (cellules musculaires et cellules endothéliales), puis les ont placés sur un cadre de collagène ayant exactement la forme que le « corpus cavernosa » (structure première du pénis) du lapin. Après avoir plongé le tout dans un cocktail permettant la multiplication des cellules, puis mis en couveuse à température interne du lapin, il refixèrent l’ensemble sur le lapin handicapé. Or miracle, la greffe prit parfaitement. Les lapins qui furent opérés n’ont eu par la suite pour les chercheurs aucune difficulté érectile et ont même été jugés par ceux-là comme plus « portés sur la chose » que les lapins du groupe de contrôle.

Malgré tout l’amour que ces chercheurs pouvaient porter à ces animaux, ils avaient bien entendu à l’esprit par cette expérience des ambitions bien plus larges que libérer de malheureux lapins de leurs frustrations sexuelles. Alors oui, cette médecine générative trouverait sa cible pour réparer soit les malformations de naissance chez l’homme, soit les endommagements ultérieurs de tout ou une partie de la verge consécutifs à des maladies ou même des accidents : je n’ai pas les statistiques malheureusement mais vous pouvez bien vous douter que ces cas ne sont pas légions dans une population donnée. Cependant, parce que la science est en quelque sorte au service des sociétés, elle doit aussi en subir parfois ses sauts d’humeur. Ainsi, les premiers à avoir témoigner un intérêt réel à ces résultats furent des lobbies de chirurgie esthétique. Ceux-là mêmes qui constatent une inflation dans les cabinets des praticiens du nombre de consultations d’hommes complexés voulant se faire allonger la taille de leur signe de virilité par excellence, lorgnent toujours bien évidemment de l’œil de nouveaux moyens pour combler ces demandes de manière plus efficace et plus sécurisante. Principalement à cause de la technicité de la méthode, cette découverte n’est pas encore prête de tomber entre les mains des chirurgiens esthétiques pour l’instant, mais la question s’est posée clairement : faut-il orienter l’innovation biotechnologique pour des finalités d’ordre esthétique ?

Autant je ne suis pas totalement contre le fait que la recherche en biologie cellulaire puisse trouver dans sa sérendipité des fins esthétiques, autant je considère que financer la recherche en ayant explicitement ce but à l’esprit la fourvoie gravement. Or en l’occurrence, les chercheurs du cas étudié ont un peu joué à brouiller les pistes. A mon avis, si la recherche en biomédecine commençait à avoir purement des velléités de correction esthétique, elle manquerait à chaque fois sa cible. Soigner le corps de l’homme et dans le meilleur cas lui épargner sa vie sont des marqueurs clairs pour le chercheur du progrès auquel il contribue par son travail. Maintenant, parce que l’esthétisme a trait à la psychologie humaine, orienter les fruits de la recherche dans ce domaine ne fait selon moi que déplacer le problème pour le demandeur. De même dans la pratique, accepteriez-vous messieurs de vous faire disséquer vous voire rajouter une prothèse biologique dans la satisfaction illusoire de votre ego ? Rien n’est moins sûr dans l’état actuel des choses. Le réflexe d’appeler la science au secours en cas d’insatisfaction humaine ne doit pas être automatique, et je ne suis pas de ceux qui croient que les névroses sociales ont besoin de celle-ci pour se résorber.

Crédits image : PNAS

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  1. Ah ah pas mal l’article ! Et pour donner mon avis personnel, je vois difficilement comment un gars pourrait accepter ce genre de greffe… à moins d’être vraiment désespéré 😦

  2. Je ne crois pas non plus qu’un an plus tard on puisse trouver ce genre d’offres chez son chirurgien esthétique, par contre il me semble avoir déjà vu ce procédé dans un autre domaine.

    A peu de détails près sur la technique, il me semble que des chercheurs français peuvent réparer des parties endommagées de coeur humain, ce qui prouve bien la modulabilité de ces prothèses biologiques.

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