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La commission Obama sur la bioéthique donne son feu vert à la recherche en biologie synthétique.

In Uncategorized on décembre 18, 2010 at 4:11

La commission de bioéthique qui conseille les choix du gouvernement américain dans ce domaine, et qui a été créée à l’initiative du président Obama au début de son mandat, vient de rendre public une décision très intéressante pour la recherche cellulaire. Sa position est de dire qu’il n’est nullement nécessaire d’appliquer des méthodes de régulation spécifiques ou même de faire cesser ce champ de recherche embryonnaire, qui reste pourtant très controversé auprès des bioéthiciens du fait des possibilités illimitées de façonnement du vivant qu’il permettrait si poussé à bout.

Justement ce rapport de la commission gouvernementale souligne justement le fait que cette recherche manque de maturité pour être explicitement porteuse de risques. Ce n’est pas pour autant que ses membres ont donné carte blanche aux scientifiques pour effectuer toutes les sortes de recherches leur passant par la tête. En effet, ils appellent ainsi dans ce rapport non seulement à la modération des biologistes synthétiques ainsi qu’à l’instauration de meilleurs mesures de transparence et de contrôle sur leurs recherches.

« La commission pense qu’il est imprudent soit de déclarer un moratoire sur la biologie synthétique jusqu’à ce que tous les risques puissent être déterminés et atténués, soit de simplement ‘laisser la science faire n’importe quoi’, peu importe les risques possibles ».

Si le travail des biologistes synthétique inquiète autant ces derniers temps, c’est qu’il consiste en partie à coder et manipuler de l’ADN afin de créer des nouveaux organismes avec des fonctionnalités décidées par avance. Un des biologistes des plus connus dans ce domaine, si c’est pour n’en citer qu’un, est le médiatique J.Craig Venter, connu notamment pour avoir concurrencé à la fin des années 90 avec son entreprise Celera Genomics, la Human Genome Organisation dans le séquençage du génome humain. En 2010, il avait réussi avec son équipe à synthétiser une bactérie appelée Mycoplasma mycoides JCVI-syn1.0, le tout n’étant pas encore à 100% une création « artificielle » car utilisant l’enveloppe biologique d’une autre bactérie.

Les applications de cette recherche ne sont déjà plus chimériques car se retrouvent dans des domaines aussi différents que la manufacture de médicaments contre le malaria ou encore dans la production de biocarburants. Ce n’est donc que l’aurore de la biologie synthétique, et les perspectives économiques sont gargantuesques.

Ce discours libéral mais pas trop vis-à-vis de la biologie synthétique me plaît bien du côté américain, le gouvernement ayant compris que pousser la recherche fondamentale à porter ses fruits tout en prônant l’autorégulation et la transparence est loin d’être contradictoire. Le mot du président américain (présent sur le site de la commission) à ce sujet est éloquent :

« Alors que notre nation investit dans la science et l’innovation tout en poursuivant des avancées dans la recherche biomédicale et les services de santé, il est impératif que nous le fassions d’une manière responsable. »

Cette prise de risques contrôlés par le gouvernement américain quant aux nouvelles promesses de la biologie de pointe a encore du mal à passer de l’autre côté de l’Atlantique où selon moi plus de pédagogie autour de ces axes de recherche du futur serait souhaitable. Le politique peut prendre le rôle de la conscience de la science, mais doit laisser le temps que cette dernière s’exprime avant de l’étouffer comme c’est le cas en France. Avant le vote de la nouvelle loi de bioéthique prévu début 2011, ce message américain vaut la peine d’être considéré en l’étalonnant à la situation française.

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L’élixir de vie made in Kazakhstan

In Uncategorized on décembre 12, 2010 at 8:03

En octobre dernier, un délégué à l’Assemblée du peuple kazakhe avance de façon tout à fait désintéressée que le président de la République en fonction, Nursultan Nazarbayev, devrait conserver son poste au moins jusqu’en 2020 (prédiction raisonnable sachant que ce dernier est déjà au pouvoir depuis 19 ans). Celui-ci bien entendu présent (pas vraiment le même modèle que dans notre Ve République française), répondit de manière quelque peu déroutante : « Peut-être, si vous me trouvez un élixir de jeunesse et d’énergie […] je suis partant pour continuer jusqu’en 2020, trouvez-moi seulement un élixir ! ».

Bien sûr à ce point de l’histoire, vous appréciez le fait qu’au moins ce régime autoritaire détienne un chef qui ne manque pas d’humour…et bien pas de chance, ce n’était pas vraiment une blague.

Le leader charismatique de 70 ans semble avoir pris dans les terres kazakhes un tel goût à la vie, qu’il escompte à présent sérieusement la prolonger le plus longtemps possible. Insistant progressivement sur ce sujet ces dernières années, il semble avoir pris récemment un tournant politique affirmé en annonçant ainsi l’ouverture d’un nouveau centre de recherches dans la capitale du pays, Astana, qui devrait se concentrer sur le rajeunissement des organismes, le génome humain et la production de tissus humains. Outre son intéressement personnel qu’il n’a pris la peine de dissimuler, il légitime la mise en application de cette nouvelle politique scientifique d’un manière plutôt intrigante :

«Médecine anti-âge, rajeunissement naturel, immortalité. C’est ce sur quoi nous devons nous concentrer aujourd’hui. Ceux qui le font sont les pays les plus prospères du monde ceux qui ne le font pas resteront toujours sur le bas-côté »

Il est amusant en effet de constater cette position baconienne du président. La qualité de vie sur le terrain de ses habitants n’est plus pour lui un marqueur évident de réussite de sa politique, mais il faut selon lui, que des avancées scientifiques reluisantes le prouvent à l’ensemble de la planète. Le défi risque cependant d’être difficile à relever. Cela fait au moins une vingtaine d’années que ce genre de recherches de pointe a déjà lieu, une éternité qu’elle alimente l’imaginaire collectif : autant dire que Nazarbayev ne fait pas figure de prophète en la matière et assume un retard crucial. Imaginez alors la force de frappe du budget kazakh pour booster cette recherche, l’absence de scientifiques aptes à mener pour l’instant des recherches hautement spécifiques dans les laboratoires kazaks, et une coopération scientifique limitée à l’international. Voilà, vous avez maintenant compris l’ampleur du défi !

Bien sûr, on s’imagine bien que la majorité des kazakhs préféreraient voir les crédits alloués à cette recherche audacieuse pour satisfaire peut-être des besoins plus pratiques. Même si un miracle survient, que le Kazakhstan devienne le premier pays à découvrir le moyen de ne plus vieillir, le paysan lambda se rend bien compte qu’il ne pourra jamais de son vivant accéder à cette biotechnologie. Mais s’occuper d’un peuple en politique, c’est savoir aussi le suspendre à des promesses. Alors si le peuple kazakh ne boira sûrement jamais un élixir de vie du pays, comment totalement tourner en dérision cette politique du président si elle permet à ce dernier d’être abreuvé d’espoirs ?

Dans le rétro : des scientifiques à l’aide de la vie sexuelle des lapins

In Dans le rétro on décembre 2, 2010 at 11:14

Un sujet qui ne fut pas encore abordé et qui suscitera peut-être plus de réactions que d’habitude (surtout parmi les hommes) : l’utilisation des biotechnologies à des fins esthétiques. Cette note me fut inspirée par les travaux de l’Institut de médecine régénérative de l’université de Wake Forest (Caroline du Nord, Etats-Unis). En novembre 2009, l’équipe du docteur Anthony Atala publiait le bilan de ses recherches qui portaient à ce moment-là sur la meilleure manière de reconstruire les parties endommagées de…pénis de lapin! A la lumière de ce qui peut se faire fin 2010, son mode opératoire pouvait sembler un peu artisanal mais a su prouver son efficacité. Son équipe prenait des cellules Son équipe a tout d’abord mis en culture les cellules qui suivent les vaisseaux sanguins (cellules musculaires et cellules endothéliales), puis les ont placés sur un cadre de collagène ayant exactement la forme que le « corpus cavernosa » (structure première du pénis) du lapin. Après avoir plongé le tout dans un cocktail permettant la multiplication des cellules, puis mis en couveuse à température interne du lapin, il refixèrent l’ensemble sur le lapin handicapé. Or miracle, la greffe prit parfaitement. Les lapins qui furent opérés n’ont eu par la suite pour les chercheurs aucune difficulté érectile et ont même été jugés par ceux-là comme plus « portés sur la chose » que les lapins du groupe de contrôle.

Malgré tout l’amour que ces chercheurs pouvaient porter à ces animaux, ils avaient bien entendu à l’esprit par cette expérience des ambitions bien plus larges que libérer de malheureux lapins de leurs frustrations sexuelles. Alors oui, cette médecine générative trouverait sa cible pour réparer soit les malformations de naissance chez l’homme, soit les endommagements ultérieurs de tout ou une partie de la verge consécutifs à des maladies ou même des accidents : je n’ai pas les statistiques malheureusement mais vous pouvez bien vous douter que ces cas ne sont pas légions dans une population donnée. Cependant, parce que la science est en quelque sorte au service des sociétés, elle doit aussi en subir parfois ses sauts d’humeur. Ainsi, les premiers à avoir témoigner un intérêt réel à ces résultats furent des lobbies de chirurgie esthétique. Ceux-là mêmes qui constatent une inflation dans les cabinets des praticiens du nombre de consultations d’hommes complexés voulant se faire allonger la taille de leur signe de virilité par excellence, lorgnent toujours bien évidemment de l’œil de nouveaux moyens pour combler ces demandes de manière plus efficace et plus sécurisante. Principalement à cause de la technicité de la méthode, cette découverte n’est pas encore prête de tomber entre les mains des chirurgiens esthétiques pour l’instant, mais la question s’est posée clairement : faut-il orienter l’innovation biotechnologique pour des finalités d’ordre esthétique ?

Autant je ne suis pas totalement contre le fait que la recherche en biologie cellulaire puisse trouver dans sa sérendipité des fins esthétiques, autant je considère que financer la recherche en ayant explicitement ce but à l’esprit la fourvoie gravement. Or en l’occurrence, les chercheurs du cas étudié ont un peu joué à brouiller les pistes. A mon avis, si la recherche en biomédecine commençait à avoir purement des velléités de correction esthétique, elle manquerait à chaque fois sa cible. Soigner le corps de l’homme et dans le meilleur cas lui épargner sa vie sont des marqueurs clairs pour le chercheur du progrès auquel il contribue par son travail. Maintenant, parce que l’esthétisme a trait à la psychologie humaine, orienter les fruits de la recherche dans ce domaine ne fait selon moi que déplacer le problème pour le demandeur. De même dans la pratique, accepteriez-vous messieurs de vous faire disséquer vous voire rajouter une prothèse biologique dans la satisfaction illusoire de votre ego ? Rien n’est moins sûr dans l’état actuel des choses. Le réflexe d’appeler la science au secours en cas d’insatisfaction humaine ne doit pas être automatique, et je ne suis pas de ceux qui croient que les névroses sociales ont besoin de celle-ci pour se résorber.

Crédits image : PNAS