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Quand la gauche perd son GPS en route vers la GPA.

In Uncategorized on novembre 28, 2010 at 7:00

Je suis amusé par la radicalité des clivages à gauche que cette note relative à la gestation pour autrui (GPA), mise en ligne par Terra Nova en début de semaine, suscite. Il suffit de lire les commentaires sur le site pour s’en rendre compte. Certains se sont effarouchés qu’un think tank français, dit « progressiste », puisse publier une note jugée par ces mêmes personnes comme substantiellement « réactionnaire ». Je pense sincèrement que ces gens se trompent dans les intentions profondes de la note: elle n’a pour but intime d’occire tout velléité de réforme sur le sujet de la GPA, mais plutôt elle souligne le scepticisme des rédacteurs non seulement sur ses finalités morales, mais aussi de manière plus réaliste, sur les moyens légaux qui peuvent être employés afin d’éviter toute dérive du système (pas toujours dans une grande habilité je le concède, notamment sur l’interprétation de données empiriques).

Assistons-nous ici à un conflit générationnel au sein du PS sur un sujet qui prend du plaisir à jouer sur l’identité de nos mœurs ? Entre une arrière-garde politique pragmatique qui s’est construite en fonction du respect inviolable de la dignité humaine, du principe de précaution, et une jeune génération au sein de la gauche qui s’impatienterait sur les opportunités offertes par une telle réforme quand bien même il existerait des chances qu’elle fissure ces premiers piliers idéologiques ? Le débat n’est pas encore assez plébiscité pour se rendre vraiment compte des lignes de démarcation.

 

L’avantage de la France sur ce domaine, c’est qu’en cas d’une éventuelle légalisation de la GPA, son retard est son plus grand atout. Les études légistiques, psychologiques, économiques pleuvent déjà dans les pays où cette pratique est permise (Royaume-Uni, Pays-Bas, certains Etats américains…) et alimentent le débat français des données comparatives. Il faudra d’accord peut-être dans la douleur faire fi de notre caractère de peuple éternellement exceptionnel et accorder un minimum de crédit à ces études qui constituent déjà selon moi des éléments tangibles pour faire avancer les discussions.

 

Je serais personnellement pour une légalisation de la GPA sous des conditions très encadrées, pour le sort de la dignité des mères porteuses candidates, mais aussi pour l’avenir de l’enfant conçu de cette façon. Je ne pense en effet sincèrement pas que la GPA cristallise des dérives propres à un temps nouveau débridé. Ainsi, les peurs relatives à l’instrumentalisation mercantile des mères porteuses, bien que ne me semblant entièrement infondées, me laissent dubitatif car comme souligné dans de nombreuses études, les mères biologiques dans le cas d’adoptions sont déjà soumises à ce type de dangers. Les auteurs en revanche de la note ont profondément raison d’accentuer les difficultés soulevées dans la pratique par la mise en application d’une loi. Il nous faudra, si c’est le cas, des juristes ultra-compétents dans le droit contractuel. En effet, que faire en cas de changement d’avis de la part des demandeurs, ou de la mère porteuse ? Faut-il offrir des rémunérations pour inciter une femme à faire mère porteuse et si oui, qui doit s’en acquitter et à quel moment ? Faut-il envisager qu’une mère porteuse entretenant un rythme de vie pouvant porter préjudice à l’enfant qu’elle porte puisse donner lieu à des poursuites judiciaires de la part des demandeurs ?

 

Le débat sur la GPA germe. Il ne donnera néanmoins ses premiers bourgeons printaniers à l’Assemblée Nationale en 2011, mais cela m’étonnerait fortement que dans la décennie à venir un texte de loi complet sur la voie d’une légalisation ne soit soumis aux parlementaires. Bref, vous l’avez bien compris, la GPA de demain est en débat !

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  1. Bonjour, je suis professeur de chimie dans un lycée et je m’intéresse aussi à ces questions de bioéthique. Ayant ma carte au parti socialiste depuis 6 ans déjà, je suis agacé de ce comportement des ténors proclamés qui continuent à s’écharper sur internet, sans consulter vraiment l’avis des militants. Le débat en interne doit avoir lieu, surtout sur un sujet aussi fondamental que celui de la bioéthique, mais pas de cette façon… surtout si nous voulons avoir un message politique clair pour 2012.

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