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Recherche américaine, recherche mondiale…

In Uncategorized on septembre 10, 2010 at 4:31

Pour rebondir sur ce premier billet, je voudrais vous recommander la lecture d’un article de l’excellent magazine anglophone Nature qui nous rappelle que comme pour une crise économique, lorsque un pays aussi important que les Etats-Unis met au point mort sa recherche sur les cellules ES, les scientifiques américains du domaine ne sont pas les seuls à pâtir de cette situation.

L’article révèle ainsi à quel point la globalisation de la recherche scientifique est non seulement une réalité bien installée, mais surtout devenue essentielle à ses réalisations, et de ce fait que toute politique touchant à la recherche en biotechnologie doit prendre en compte cette dynamique de réseaux territorialisés.

http://www.nature.com/news/2010/100907/full/467138a.html

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Les fantômes de l’arrêt Lamberth

In Uncategorized on septembre 10, 2010 at 9:59

Pour débuter, rien ne vaut mieux que de s’immerger dans les remous de l’actualité estivale. Le 23 août dernier, un nom, celui du juge américain Royce Lamberth faisait parler de lui dans les journaux. La raison? Son arrêt déjà célèbre interdisant au niveau fédéral les subsides publiques versées à destination de la recherche sur les cellules souches embryonnaires ou cellules ES. Côté outre-Atlantique, cette injonction de la cour d’appel fut ressentie comme une réelle pique envers l’administration Obama et sa politique de mars 2009 qui autorisait à nouveau le financement de ces recherches après 8 ans de gel sous les mandats Bush. Sensation de retour à la case départ donc. Consolation temporaire pour le gouvernement en place, le 9 septembre dernier, une autre décision en appel autorise pour le moment le financement public des cellules ES dans l’attente d’une étude plus approfondie du dossier.

Bien évidemment, les enjeux entourant cet arrêt débordent largement du seul cadre d’une guerre politique des egos mais met à vif un dilemme éthique qui est une bombe à retardement ayant de fortes chances d’exploser au nez du législateur. Pourquoi cela?

Premièrement, l’Etat américain connaissant les incertitudes liées à l’évolution de la recherche sur les cellules ES et donc les risques y afférents, doit avoir comme garantie morale de l’encadrer un minimum et cela même le plus tôt possible. Cette surveillance de la recherche passe alors forcément par un financement public avec des objets de recherches transparents et régulés (à l’instar des fameuses guidelines des NIH). Cesser d’une manière ou d’une autre la dotation publique de ce type de recherche revient à faire le jeu dangereux de l’autruche. La science ne s’arrête pas du jour au lendemain, et lorsqu’un axe de recherche est jugé prometteur, il trouvera sur sa route son public. Ainsi, les initiatives de financement privées répondront d’autant plus présentes, de même que d »autres Etats peut-être plus attirés par les potentiels réels de gains futurs liés à cette recherche et moins par les questions de biosécurité et de bioéthique. Lorsque l’Etat alors se désengage de la recherche sur les cellules souches, il cautionne un développement parallèle opaque d’une recherche plus que « sensible », et faillit par ce manque de contrôle à une des prérogatives fondamentales de tout Etat de droit qui est la sécurité de ses concitoyens.

L’opinion publique ne lui facilite pas la tâche car la « nationalisation » de la recherche sur les cellules ES et donc sur la manipulation d’embryons sont considérées par ses opposants comme un geste éthiquement partial enfreignant la conception de neutralité éthique de l’Etat de droit moderne. Pourtant, en ce qui concerne la recherche sur les biotechnologies de demain, si la neutralité de tout Etat responsable vis-à-vis de sa population et des générations futures se comprend comme une mise en retrait sur ces sujets, c’est effectuer un contre-sens lourd de conséquences. Au contraire cette neutralité étatique doit mieux se comprendre comme un « équilibre » visant à assurer l’exercice des libertés citoyennes. Une vraie question se posant à lui se trouve ici: comment trouver entre ses devoirs le juste milieu où trancher?

Enfin, les espoirs curatifs que fixent sur elles les cellules-souches ne font que complexifier la réponse étatique. Or, il faut toujours avoir à l’esprit que beaucoup de problèmes de bioéthique ne se poseraient tout bonnement pas ou seraient tout au mois simplifiés, si la science avait déjà atteint son zénith dans le domaine médical (pourquoi parler de mère porteuse si les problèmes d’infertilité sont connus et peuvent être réglés? Pourquoi se poser la question de l’euthanasie si des traitements existaient pour les patients concernés?etc.). Alors qu’il est en vogue en bioéthique (notamment du côté français) de défendre une application politique du droit de la bioéthique devant en priorité garantir des valeurs d’ « intérêt général » (notion encore intrinsèque à l’Etat de droit moderne) en dépit du risque de contrarier les convictions de certains, comment l’Etat à orientation sociale d’Obama tournerait-il le dos à cette recherche susceptible de soigner à grande échelle des maladies encore mal comprises et in fine élever le niveau vie de sa population?

Coup d’opportunité difficile à évaluer donc pour le politique (que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs) qui souffre forcément dans sa capacité de jugement de ces doutes sur les finalités de la recherche sur les cellules-souches. Il est ainsi de sa responsabilité de s’informer au mieux pour estimer les risques sans trop cependant se laisser emporter par la tempête idéologique qui ne cessera de souffler de toute part sur ces questions, la pire des réponses qu’il pourrait livrer reposant sans se leurrer dans son inaction.